Elle est tabou, on n'en parle que très peu. On l'avoue difficilement, on ferme les yeux ou on tente de la dissimuler derrière un sourire. « Mais non, ça va. Juste un peu fatiguée. Ça va passer, t'inquiète. » Elle est pourtant fréquente, mais si on l'avoue, c'est souvent avec une pointe de honte dans la voix. Et si on s’ouvre les yeux et qu’on croit la déceler chez une autre, il y a bien des chances qu'on la minimise derrière un « Mais non, tu es fatiguée, ça va passer, t'inquiètes. »
Pourtant, il n'y a aucune honte à avoir. La dépression postpartum n'est pas un signe de faiblesse, comme tout autre trouble de l'humeur postpartum. Au tout début, il y a le fameux « baby-blues ». Cafard passager de question principalement hormonale ne nécessitant généralement pas de prise en charge. Celui-là, il va passer. Il DOIT passer. Il survient au cours des premiers jours après la naissance (généralement entre le 2e et le 4e). Ses symptômes (tristesse, changements d’humeur, mélancolie, pleurs, irritabilité, émotivité importante, sentiment de vulnérabilité, d’incompétence, etc.) peuvent durer jusqu'à une semaine, deux au maximum. Au-delà de ça, pensez à consulter, ne serait-ce que par prévention. Jusqu'à 80 % des femmes en seront touchées.
Bien que la grande majorité passera au travers sans aucune séquelle, pas moins de 20 % d'entre elles se dirigeront vers une dépression postpartum. Oui, elle, la dépression postpartum. Elle touche environ 13 % des nouvelles mères[1]. Elle peut durer de quelques semaines à plusieurs mois et est un problème à prendre très au sérieux. Sachez qu'elle peut survenir n'importe quand au courant de la première année de vie de l'enfant. Tristesse, troubles du sommeil, de l’appétit, fatigue, perte de plaisir, manque d’intérêt ou intérêt excessif envers le bébé, faible estime de soi, pensées négatives, étourdissements, hyperventilation, agitation ou lenteur psychomotrice, sentiments de culpabilité ou d’inutilité, altération de la perception de soi et des autres, difficulté à avoir les idées claires, crises de panique, idées morbides ou suicidaires récurrentes, etc. Si vous remarquez certains de ces signes chez vous ou une proche, agissez, je vous en prie.
Psychose puerpérale? C'est la forme la plus grave et, heureusement, la plus rare des troubles de l'humeur du postpartum. Elle touche néanmoins une à deux femmes sur 1000 qui ont accouché. Ses symptômes se manifestent pour la grande majorité au cours des deux premières semaines, souvent dans les 24 à 48 heures suivant la naissance. Symptômes courants : dépression, euphorie, changements rapides de l’humeur, comportement bizarre, voire déviant, délire, confusion, sentiments de persécution, de culpabilité, hallucinations auditives ou visuelles, changements brusques d’état, etc.
Il existe aussi le « baby-pink»! À l'opposé du « baby-blues», il résulte d'un état passager d'euphorie. Il passe généralement inaperçu, car les réactions de la mère sont perçues comme normales à l'arrivée d'un bébé. Lorsqu'il disparaît toutefois, la fatigue et la réalité peuvent parfois sembler un peu plus négatives que la normale, tel un « baby-blues» tardif. Il y a rarement lieu d'intervenir dans un cas comme dans l'autre.
Finalement, il existe aussi l'anxiété du postpartum. Selon des études, entre 4 et 15 % des femmes développeraient une forme d’anxiété suite à la naissance de l’enfant[2]. Bien des nouvelles mères se sentent anxieuses, dépassées ou apeurées, ce qui est à un certain niveau normal. Dans certains cas malheureusement, l’anxiété est telle qu’elle nuit à la vie quotidienne de la mère et engendre des répercussions sur son caractère et son mode de fonctionnement. Elle peut être généralisée ou reliée à des situations particulières et peut aussi être axée uniquement sur l’enfant, sous forme d'obsession ou de craintes omniprésentes.
Si vous vivez ou avez vécu avec un trouble de l'humeur du postpartum, sachez que vous êtes loin d'être seule. Et souvenez-vous : plus on en parle, plus on comprend.
Source :
[1] O’Hara et Swain, 1996
2 Wenzel et coll., 2003 ; Matthey et coll., 2003 ; Heron et coll., 2004
Autres références:
CAMH (Centre de Toxicomanie et de Santé Mentale):
http://www.camh.ca/fr/About_Addiction_Mental_Health/Mental_Health_Information/Postpartum_
Depression/ppd_ci_mood_disturbance_fr.html
CPA (Société Canadienne en Psychologie):
http://www.cpa.ca/lapsychologiepeutvousaider/depressionpostpartum/
PPPSS (Pacific Postpartum Support Society):
http://www.postpartum.org/
ACSM (Association Canadienne pour la Santé Mentale):
http://lecerveau.mcgill.ca/flash/capsules/articles_pdf/post_partum.pdf













