Bébé est là

L'allaitement: simple ??

Enceinte, j'ai lu à peu près tout ce qui existe comme documentation sur l'allaitement, les trucs, quoi faire, ne pas faire, etc...Mon idée était faite : j'allais allaiter, un point c'est tout! Je voulais offrir à mon garçon le cadeau de mon système immunitaire. Je voulais vivre l'expérience. Je regardais même d'un œil curieux celles qui avaient refusé ce choix, celles qui avait décidé de nourrir, dès les premières heures, leur enfant au biberon.

Et finalement, j'ai accouché.

Quel beau moment : mon bébé sort, on le dépose sur mon ventre et tout à coup, je réalise que j'aime encore plus ce petit être que ce que j'avais imaginé. Je veux le cajoler, l'embrasser et ... l'allaiter - enfin vivre ce fameux contact dont j'avais tant entendu parler!! Tous les livres mentionnent que si l'on réussit à allaiter dans les premières 30 minutes, on a de meilleures chances de réussir. Alors, je me suis empressée de mettre Sidney au sein. À mon grand étonnement, il n'était pas du tout intéressé. Il refusait le sein, pleurait, rien à faire. L'infirmière, rassurante, me dit qu'on essaierait à nouveau un peu plus tard. OK.

Lors de mon arrivée à ma chambre, mon infirmière me propose de faire une deuxième tentative. J'essaie. Il tète. Une seconde, deux secondes... et hop, non, il lâche, pleure et se fâche. C'est à ce moment que j'ai perdu le contrôle de ma poitrine. Tout le monde s'en est mêlé. Le sein par ici, le sein par là. Je crois n'avoir jamais eu autant de massage mammaire en si peu de temps! Je perds toute pudeur de ma poitrine. On essaie, sans succès, heure après heure. Toujours le même scénario - 3 à 5 secondes et hop! Il se fâche, me tape la poitrine, réessaie, pleure, se fâche. Mais que sort-il donc de mes seins? Mon lait a-t-il si mauvais au goût? Je commence à désespérer. Alors que je sombrais dans mon désespoir (et mes blues post-accouchement!!), j'ai remarqué une affiche. Au fond de ma chambre, il y avait une belle publicité : « l'allaitement, simple ». Non mais, qui a bien pu penser à une telle campagne publicitaire? Simple, vraiment? Je ne vois pas ce qu'il y a de simple dans l'allaitement. Je suis incapable de nourrir mon fils, tout le monde se met de la partie, personne ne comprend, ne trouve de solution et la panique s'installe dans ma chambre à chaque heure qui passe. Mon fils cri famine, je crie à l'aide et l'affiche me regarde et me dit que c'est simple! Mais moi, je ne vois pas la simplicité. Il n'y a rien de simple dans ce que je vis. Et si c'était si simple, pourquoi faut-il tant de livres pour en parler, tant de trucs, tant d'échecs... Une infirmière me demande : « Madame, y a-t-il succion? » Je ne sais pas, je crois, comment pourrais-je savoir, c'est mon premier bébé, je ne connais pas la tétée.... oh là, là, je ne sais plus, je ne sais plus...

C'est finalement ma gentille infirmière de nuit qui m'a suggéré de lui donner un peu de préparation commerciale afin qu'il arrête peut-être de pleurer et que je puisse enfin dormir un peu. Je n'avais en fait dormi qu'un maximum de 4 heures (à coups de 30 minutes) depuis mon accouchement il y avait de cela plus de 48 heures! Alors j'ai nourri mon fils à la préparation, il a dormi, j'ai dormi, et tout m'a semblé plus léger 4 heures de sommeil plus tard. Je continue de lui donner un complément de préparation commerciale. «Je tire « manuellement » le colostrum (pour celles qui ont essayé cet exploit, vous comprendrez pourquoi j'appelle le colostrum des gouttes d'or!» Ce n'est pas le grand flot!!!). On donne à Sidney un biberon à la seringue pour ne pas lui donner le goût de la tétine. Toutes les infirmières s'obstinent. Il lui faut une suce, non pas de suce. Un biberon, pas de biberon, de la préparation, pas de préparation. On me regarde comme si j'étais une incarnation du diable lorsque j'ose mentionner peut-être laisser tomber l'allaitement. Chaque minute qui passe, mon envie de déchirer l'affiche qui orne le mur de ma chambre augmente : « L'allaitement, simple! » Franchement, je suis insultée!

Le lendemain, les infirmières ont consulté le pédiatre à cet effet. Et bien imaginez-vous donc que le problème, ce n'était pas moi. En tant que mère, évidemment que je croyais être la coupable! Mais non, mon cher Sidney a un palais différent qui fait qu'il met sa langue par-dessus le mamelon. Essayez d'imaginer une tétée avec la langue par-dessus le mamelon. Évidemment, rien ne sortait et il se fâchait contre moi car il avait faim. On m'a fait rencontrer une conseillère en allaitement, une spécialiste, qui m'a proposé la téterelle. J'ai essayé, puis cela a fonctionné. Bien entendu, à chaque changement de chiffre, on me disait qu'il fallait que je commence à sevrer mon fils de la téterelle car il n'allait pas vivre le contact direct avec ma poitrine. Alors là, j'en ai eu assez. Je l'allaite (finalement!), il reçoit le cadeau de mes anticorps et bien le reste, ça peut attendre. Je veux que nous dormions tous les deux, je veux un peu de paix.
 
La téterelle, je m'en suis débarrassé lorsque Sidney a eu 2 mois. J'ai allaité mixte à partir de 2 mois et ce, jusqu'à l'âge de 8 mois. J'ai ensuite arrêté car je n'avais plus d'énergie étant retombée enceinte. Mon médecin m'a dit que la grossesse et l'allaitement combiné requiert beaucoup d'énergie. J'ai fait la coupure à ce moment.

À mon deuxième, j'ai revu l'affiche. Je m'apprêtais à la détester avec la même ferveur. J'étais prête à tout, sauf la simplicité. Et bien, ce fut simple. James a pris le sein, il a tété. Il ne m'a pas blessé, il s'est rassasié. Et j'ai finalement compris que l'affiche avait été créée par des gens qui avaient vécu l'allaitement simple, sans complication. James a 12 mois, j'allaite encore, le matin seulement. Mon moment privilégié avec mon grand garçon. L'allaitement avec James? Oui, c'est simple.

Pour celles qui ont vu cette affiche : l'allaitement, un choix simple. Pour celles qui ont voulu la déchirer, l'anéantir. Pour celles qui ont vu monter le désespoir de ne pas réussir, je vous le dis. Il y a toujours une solution, qu'elle quelle soit. Et si cela implique de donner le biberon, il ne faut pas s'en culpabiliser outre mesure. Quoique je suis fervente de l'allaitement et que je suggère à toutes de l'essayer, je crois quand même en ce qui suit : mieux vaut un biberon heureux qu'un sein malheureux! Et pour celles qui ont finalement réussi malgré les innombrables obstacles, je vous lève mon chapeau.

Peut-être devrait-on enlever cette publicité des chambres au module mère-enfant. Moi, je vote pour repenser cette publicité qui finalement, est décourageante pour celles qui ont le plus besoin d'encouragement! Bonne chance à toutes et n'oubliez pas, quelle que soit votre décision, c'est la bonne, car c'est la vôtre.



Fruits et Passion

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