Bébé est là

Les médicaments et l'allaitement...???

Aujourd'hui, en tant que mère allaitante, pharmacienne et marraine d'allaitement, je souhaite vous parler de l'utilisation sécuritaire des médicaments durant cette période de votre vie. Je souhaite briser quelques mythes du type: "Vous devrez tirer et jeter votre lait durant la prise de ce médicament" ou "Vous ne pouvez pas prendre de médicament durant votre allaitement"... Et quoi d'autre encore...

Je lègue un moment la parole à Dr Jack Newman, éminent pédiatre torontois dédié à l'allaitement depuis de nombreuses années:
"C'est faux! Il y a très peu de médicaments qui ne peuvent être pris en toute sécurité par la mère pendant qu'elle allaite. Une très petite quantité de substances médicinales apparaît dans le lait, mais la plupart du temps, tellement infime qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Si un médicament est vraiment contre-indiqué, il existe généralement un autre traitement aussi efficace qui peut être pris sans danger. La perte des avantages que l'allaitement apporte à la mère et à l'enfant doit être pris en considération quand on pèse le pour et le contre pour savoir s'il faut continuer l'allaitement".
Non mais avouez que c'est clair, concis, bien dit et que je n'aurais pu faire mieux!

Rappelons-nous que la plupart des médicaments sont transférés dans le lait maternel, mais que très peu sont contre-indiqués ou problématiques. Quel devrait être notre démarche dans le choix d'un médicament? Tout d'abord, il faut s'assurer que son utilisation est indispensable et que des mesures non pharmacologiques ont été tentées et ont échoué ou se sont avérées insuffisantes. Je vous expose quatre cas tirés de mon expérience personnelle, mais pour lesquels j'ai changé les prénoms et quelques éléments pour préserver la confidentialité. À noter que je ne veux en aucun cas dénigrer mes collègues pharmaciens ou médecins, qui pour la majorité, renseignent bien leur clientèle.

Le cas d'Adélaïde
Adélaïde allaite son bébé de 4 mois et souffre depuis quelques jours d'un rhume qui l'empêche de dormir. Elle a consulté son pharmacien qui lui a mentionné qu'elle ne pouvait rien prendre pour soulager sa congestion nasale puisqu'elle allaite.

Nous pourrions vérifier si l'utilisation d'eau saline intra-nasale a été essayée. Ensuite, nous devrions privilégier une formulation topique au lieu de systémique, donc l'utilisation d'un décongestionnant intra-nasal au lieu d'oral. Le médicament étant administré au site d'action désiré, soit le nez, et non dans tout l'organisme, la dose est moindre et l'impact réduit sur l'allaitement et le bébé allaité. Il ne faut pas oublier d'utiliser le décongestionnant intra-nasal pas plus de trois jours consécutifs pour éviter une possible congestion rebond. Si nous souhaitions tout de même utiliser une préparation orale, il faudrait privilégier une formulation à libération immédiate au lieu de prolongée et conseiller la prise immédiatement après la tétée qui précède la période de sommeil la plus longue du bébé pour minimiser la possibilité de transfert du produit au bébé à la prochaine tétée. De plus, un produit contenant plusieurs principes actifs devrait être évité pour limiter l'exposition du bébé à des ingrédients inutiles. Finalement, nous conseillerions d'utiliser la plus petite dose minimale efficace.

Le cas de Justine
Suite à son accouchement, l'allaitement s'amorce bien, mais Justine souffre de gerçures et crevasses importantes. La situation se complique de candidose mammaire. Les traitements de première ligne, violet de gentiane et crème antifongique topique ayant échoué, elle consulte son médecin qui lui prescrit du fluconazole par voie orale. Son pharmacien est réticent à lui remettre le médicament parce que celui-ci se retrouve dans le lait maternel.

Dans ce cas-ci, d'autres traitements topiques et plus sécuritaires ont été tentés sans succès. Il convient donc de passer à un traitement plus agressif quoique toujours sécuritaire. Le fluconazole est largement utilisé pour cette indication. De plus, comme il est administré chez la clientèle pédiatrique et que son profil d'effets indésirables est acceptable, son utilisation est sécuritaire. Paradoxalement, la quantité retrouvée dans le lait maternel n'est pas suffisante pour traiter bébé, ce qui nous aurait permis de faire une pierre deux coups et nous oblige donc à le traiter lui-même avec un autre agent.

Le cas de Flavie
Flavie est enceinte de son 2e enfant. Elle souhaite allaiter, mais son premier allaitement a été une catastrophe. Elle a eu de la difficulté à mettre adéquatement bébé au sein et s'est retrouvée avec une importante mastite. Elle a consulté en clinique sans rendez-vous et on lui a prescrit un antibiotique, la cloxacilline, en lui disant qu'elle ne pouvait pas allaiter durant sa prise. Sa mastite a dégénéré en abcès; elle a dû être hospitalisée quelques jours pour recevoir des antibiotiques intraveineux et faire drainer l'abcès avec la pose d'une mèche.

Voilà une situation où les mesures non pharmacologiques, soit entre autres la mise au sein de bébé, auraient eu tout intérêt à être poursuivies en concomitance avec le traitement médicamenteux. Rien ne peut nous garantir que l'abcès aurait été évité, mais le risque aurait été diminué. Malgré l'infection, il n'est pas dangereux pour bébé de boire le lait de sa mère.

Le cas d'Ariane
Ariane est enceinte de 18 semaines et présentement sous traitement antidépresseur avec la paroxétine. Son médecin de famille lui souligne qu'elle ne pourra probablement pas allaiter à cause de ce traitement.

L'exposition à un médicament durant l'allaitement est généralement quantitativement moins importante que durant la vie foetale. Avant de conseiller quoique ce soit, il est toujours important de valider l'information à divulguer avec des sources de références crédibles. Même si votre professionnel de la santé semble mal outillé, il est certain qu'il a une connexion internet et qu'il a en sa possession un Compendium des Produits et Spécialités pharmaceutiques, communément appelé CPS (grosse brique bleue publiée annuellement et répertoriant les monographies des médicaments). Il a donc accès à la banque de données Lactmed et à la section lilas du CPS. Vous pouvez vous-même taper le nom du médicament dans Lactmed, mais les données retrouvées vous paraîtront peut-être du charabia si vous n'êtes pas familière avec le domaine médical. De plus, tout professionnel de la santé a accès par téléphone au Centre IMAGe (Info-Médicament Allaitement et Grossesse) du CHU Ste-Justine. Des pharmaciennes-conseil très qualifiées et bien informées sont disponibles de jour durant la semaine.

En conclusion, sauf dans de rares circonstances, ce n'est pas à votre allaitement de s'adapter au traitement, mais bien au traitement de s'adapter à votre allaitement. Rares sont les circonstances où il est impossible de trouver une alternative compatible avec l'allaitement. Soyez vigilantes, et insistez pour que votre professionnel de la santé valide ses informations s'il vous dit que l'allaitement doit être suspendu, ou qu'il n'est pas sécuritaire pour votre bébé de vous traiter.

Je vous souhaite, chères mères allaitantes, de croiser sur votre route des professionnels de la santé sensibles et sensibilisés à l'allaitement. Leur ordre professionnel l'est (infirmières, pédiatres, pharmaciens,...); à eux (à nous) maintenant de faire quelques démarches pour faire une différence dans la vie des mères allaitantes qui sont de plus en plus nombreuses et qui allaitent de plus en plus longtemps.

Liste non exaustive des ressources
Ressources d'aide et de soutien en allaitement au Québec
Groupe d'entraide à l'allaitement maternel (consulter votre CLSC selon votre localité):
Ligue La Leche 1-866-allaite (1-866-255-2483)
www.allaitement.ca/main.php
Fédération québécoise Nourri-Source 1 (866) 948-5160
www.nourri-source.org/
Répertoire des groupes d'entraide en allaitement
www.allaitementmaternel.ca/groupesentraides/index.htm
www.naissance-renaissance.qc.ca/membres.html
Consultantes en lactation (IBCLC) et cliniques médicales spécialisées en allaitement
www.ibclc.qc.ca/Ressources_en_allaitement_AQC.pdf

Ressources informatives sur l'allaitement
Articles et vidéos du Dr Jack Newman
www.mamancherie.ca/fr/info/articles_dr_newman.htm
Mieux vivre avec notre enfant de la naissance à 2 ans
www.inspq.qc.ca/MieuxVivre/

Ressources informatives sur les médicaments en contexte d'allaitement
L'allaitement et les produits en vente libre; un guide pour la mère et son enfant, Chaire pharmaceutique Famille Louis Boivin, Médicaments, grossesse et allaitement
Pour en obtenir quelques exemplaires, votre professionnel de la santé n'a qu'à téléphoner au Centre IMAGe: 514-345-2333.
Motherisk
www.motherisk.org
Plus spécialement pour vos professionnels de la santé...
Chronique "De la mère au nourrisson" dans la revue mensuelle Québec Pharmacie
www.monportailpharmacie.ca/french/ourpub/quebecpharm.jsp
Briggs GG. Drugs in pregnancy and lactation.
www.amazon.com/Drugs-Pregnancy-Lactation-Gerald-Briggs/dp/0781732034
Fereira E. GROSSESSE ET ALLAITEMENT : GUIDE THÉRAPEUTIQUE, 2007
www.chu-sainte-justine.org/editions/index2.asp?section=auteurs
Hale TW. Medications and mother's milk
www.ibreastfeeding.com/
Lactmed (banque de données)
www.toxnet.nlm.nih.gov/cgi-bin/sis/htmlgen?LACT
Centre IMAGe (Info-Médicament Allaitement et Grossesse) pour les professionnels de la santé au CHU Ste-Justine:
514-345-2333
Breastfeeding Practice Interest Network (PIN) for Pharmacists de l'Association des pharmaciens du Canada: Contacter Jennifer Peddlesdon pour plus d'information et inscription: jpeddles@telus.net

Positions des ordres ou associations professionnels
Société Canadienne de Pédiatrie
www.cps.ca/francais/enonces/N/AllaitementMar05.htm
Ordre des Infirmières et Infirmiers du Québec
www.oiiq.org/uploads/publications/prises_de_position/allaitement/allaitement.htm
Ordre des Pharmaciens du Québec
www.opq.org/fr/services_membres/communiques/63
Association des Pharmaciens du Canada
www.pharmacists.ca/content/about_cpha/Who_We_Are/Policy_Position/pdf/




Programmation : Quatral Solutions         Design graphique : Point de mire