Quand j'ai appris que j'étais de nouveau enceinte, j'ai tout de suite désiré un garçon. Par contre, dès que je partageais mon souhait, il y avait toujours quelqu'un pour me répondre : « L'important, c'est un bébé en santé! », comme si je n'avais pas le droit de vouloir plus que ça... Heureusement pour moi, j'ai eu le bonheur d'apercevoir un « appendice viril » à l'échographie! Ensuite, à l'approche de l'accouchement, je faisais une fixation sur l'allaitement et je répétais sans cesse que j'espérais pouvoir garder mon bébé près de moi pour l'allaiter le plus tôt possible. Pourtant, même si ce souhait me semblait tout à fait légitime, je me faisais continuellement répondre de ne pas m'en faire avec ça, que l'important c'était d'avoir un bébé en santé. Cette petite phrase banale qui partait malgré tout d'un bon sentiment était devenue source de grandes frustrations pour moi, mais j'essayais quand même de rester zen et de me dire qu'il y avait beaucoup de vrai là-dedans...
Finalement, fiston est arrivé par livraison express grâce à une césarienne planifiée. Une petite crevette de 7,6 lbs qui me regardait de son air grave, une merveille... et en santé en plus! Quand on me l'a amené à la salle de réveil pour que je l'allaite, j'avais en tête mon scénario parfait : j'approche bébé, il ouvre la bouche et se met immédiatement à téter goulument, les yeux éperdus de bonheur et de reconnaissance. Par contre, j'ai vite déchanté : il ouvrait à peine la bouche, ne semblait pas du tout savoir ce qu'on attendait de lui et était incapable de s'accrocher à mon sein. Pas de panique! Il paraît que c'est assez fréquent après une césarienne, tire un peu de colostrum, repose-toi et on recommencera plus tard. Malheureusement, chaque fois qu'on essayait, c'était un nouvel échec. Durant ses premières vingt-quatre heures, mon fils n'a eu aucun réflexe, y compris celui de téter. C'est pas des farces, même quand les infirmières le piquaient, il ne réagissait pas et bien sûr, il ne pleurait jamais... Je sentais l'inquiétude me gagner, mais je me trouvais un peu bête de me plaindre du fait que mon bébé était trop tranquille...
Par chance, le lendemain il commençait à réagir un peu plus alors on lui a appris à téter. Sérieusement, je n'aurais jamais pensé qu'il fallait apprendre ça à certains bébés, mais c'est ce qu'on a fait. On insérait un doigt ganté dans sa bouche avec un petit tuyau de gavage et quand il tétait notre doigt, on envoyait du lait. Au moins, il a rapidement compris qu'en tétant, il était récompensé et le réflexe s'est installé. Pourtant, chaque fois qu'on essayait de le mettre au sein, rien ne fonctionnait. Je sentais mon optimisme et ma confiance diminuer et évidemment, grâce à ces chères hormones, je passais mon temps à brailler parce que je vivais comme un échec personnel mon incapacité à allaiter...
Le surlendemain, après des dizaines de tentatives ratées et d'observations de la part des infirmières, des médecins et des consultantes en allaitement, j'ai obtenu mon congé sans avoir réussi une seule mise au sein. Tout le monde espérait que le calme de la maison me permettrait de réussir... Mais ce fut l'enfer! J'étais chez moi, d'accord, mais en pleine montée de lait, sans le tire-lait électrique qui était devenu mon meilleur ami à l'hôpital et sans personne pour me dire que ce n'était pas de ma faute si ça ne marchait toujours pas! Après une nuit remplie de larmes et de lait, j'ai envoyé mon chum louer un tire-lait électrique et j'ai eu une discussion entre quatre yeux avec mon bébé durant laquelle je lui ai à peu près dit ça : « Je suis prête à accepter que tu ne sois pas doué pour boire et je suis bien prête à trouver toutes les ressources nécessaires pour t'aider, mais je te garantis que je ne te lâche pas tant que tu ne boiras pas comme du monde. T'es aussi bien de faire ça vite parce que tu vas trouver que je suis plus tête de cochon que toi... »
Mon chemin de croix a alors débuté. À l'hôpital, on m'avait dit que c'était une question de jours, ensuite on a parlé de semaines, puis de mois... J'étais découragée, mais il n'était pas question que j'abandonne. Il y a d'abord eu les pédiatres qui m'ont suggéré la patience et du lait maternisé si ça ne fonctionnait pas et que j'étais tannée. Par la suite, les consultantes en allaitement ont remarqué un palais creux et une langue courte, tandis que moi je trouvais que le mouvement de succion n'était pas bon. J'ai donc amené fiston chez l'ostéopathe pour quelques réajustements. À travers ça, je recevais les visites du CLSC en plus d'être suivie et épaulée par une médecin spécialisée en allaitement. Bien sûr, je conservais mon ami le tire-lait puisque je tirais tous les boires que je donnais ensuite à la bouteille. Ça occupait tout mon temps libre et limitait beaucoup les sorties et les visites. D'autant plus qu'il me prenait carrément des envies de meurtre quand je croisais quelqu'un qui me disait, en apercevant la bouteille : «T'allaites pas!?»
Cependant, tranquillement, il y avait de petites améliorations. Au début avec une téterelle, puis sans rien, je réussissais quelques mises au sein. Pas longtemps, pas assez pour nourrir mon bébé, mais suffisamment pour me procurer des larmes de bonheur et assez d'espoir pour continuer ma croisade. Après deux mois et demi de cohabitation, j'ai enfin pu rapporter mon tire-lait (ma trayeuse!) Maintenant, quand on me pose la question, je peux répondre : « Oui j'allaite! » À trois mois et demi, mon fils n'a pas une technique parfaite et il me fait encore mal de temps en temps. Parfois il refuse de boire, je dois alors tirer mon lait et lui donner une bouteille, mais j'ai gagné! Alors aujourd'hui, je sais de quoi je parle quand je dis que oui c'est important un bébé en santé... mais qui tète!













