Je crois que la maternité m'a rendue un peu sauvage. Ça m'exaspère chaque fois que je me fais aborder par de parfaits inconnus qui se croient obligés de me gratifier d'un commentaire quelconque sur mes enfants (et je ne parlerai pas de ceux qui touchent mon bébé, parce que ceux-là me rendent tellement féroce que je pourrais leur consacrer une chronique entière...) Vous savez, toutes ces petites phrases inutiles qu'on entend à la douzaine dès qu'on sort de la maison, telles que : « Hé, c'est pas vieux ça! » ou « Ah, je crois que ça va dormir bientôt... » Parce qu'à défaut d'être certains du sexe du bébé (chose qui, semble-t-il, n'est pas encore assez évidente avec une robe rose et des boucles d'oreilles), ces charmants inconnus les qualifient de « ça »... et « ça » aussi ça m'énerve! Mais je crois que la pire phrase pour moi c'est : « Profites-en, tu vas voir, ça va vite! » Celle-là, je ne suis vraiment plus capable de l'entendre!
Souvent, on précède ce judicieux conseil de : « C'est-tu ton premier? » D'ailleurs, avez-vous remarqué à quel point on tutoie facilement une nouvelle maman? Comme si l'odeur de lait caillé et les cernes enlevaient toute respectabilité! Mais bon, je m'écarte du sujet alors que je souhaitais vous offrir gratuitement un conseil. Quand on vous pose cette question, répondez toujours : « Non, c'est mon deuxième! » En effet, puisque j'en suis à mon troisième, j'ai pu comparer les variantes et voici mes conclusions. Si on a le malheur de répondre que c'est notre premier, la conversation a tendance à s'enchaîner sur les joies de la maternité et on récolte en prime davantage de conseils. Tandis que, si on répond que c'est le troisième (et j'imagine que c'est pire à mesure que le nombre augmente), là on a droit à l'éloge des familles nombreuses qui repeuplent le Québec ET à une dissertation sur les difficultés inhérentes et la patience nécessaire pour élever cette belle marmaille. Non, comme disait l'annonce : « Deux, c'est mieux! » Deux c'est plus safe, c'est plus « normal » et on a moins de choses à en redire puisque ça signifie qu'on a de l'expérience ET qu'on peut se dispenser des précieux conseils...
Mais tout ça, je ne le savais pas encore quand j'en étais à ma première. À cette époque, j'étais encore naïve et je n'avais pas compris que si je répondais poliment à toutes les madames qui m'abordaient dans les centres d'achat, je ne réussirais jamais à finir mes commissions et à trouver un coin discret pour allaiter avant que mon bébé ne se mette à hurler. Pourtant, dans ce temps-là, j'aurais été prête à les contredire. Je trouvais que les journées se succédaient à une lenteur incroyable. Je me rappelle que j'avais toujours hâte que mon bébé vieillisse, hâte à la prochaine étape et même parfois, je l'avoue, j'avais hâte de retourner travailler pour pouvoir parler « l'adulte ». J'attendais toujours avec impatience le premier sourire, le premier rire, la première fois qu'elle se tiendrait assise, qu'elle mangerait, qu'elle se lèverait, qu'elle marcherait... et je trouvais ça long! Mais bien sûr, comme tout le monde, une fois qu'elle s'est mise à courir partout en criant et en mettant tout ce qui traîne dans sa bouche, j'ai regretté le temps béni où elle dormait comme un ange la majeure partie de la journée!
Pour ma deuxième, je m'étais donc conditionnée à profiter de l'instant présent sans penser à la prochaine étape. Pour la première fois, j'ai pu constater que c'est vrai que ça va vite. En plus, j'avais pris le congé court alors quand je suis allée porter ma cocotte de sept mois à la garderie (où elle était la plus jeune), j'ai vraiment eu l'impression qu'il était trop tôt pour me séparer de mon bébé. Les premiers pas et les premiers mots ont davantage été expérimentés à la garderie qu'à la maison et ça aussi ç'a été difficile... Pourtant, elle avait beau grandir, pour moi elle restait mon bébé. Je me rappelle une journée, l'hiver dernier, où elle a fait une bonne fièvre. Ici, une précision s'impose : c'est mon côté mère indigne, mais j'aime ça quand elle fait de la fièvre. D'accord, c'est sûrement parce qu'elle est pétante de santé et que ça n'arrive presque jamais que je peux dire ça, mais quand elle fait de la fièvre, je me gâte! Ce n'est pas de ma faute : c'est le seul temps où elle est tranquille et qu'elle aime se faire coller et bercer pendant des heures. Donc, durant cette journée de fièvre, je l'ai gardée dans mon écharpe de portage une partie de la journée, et ce, même si j'étais enceinte de quelques mois... Je profitais de mon bébé!
Par contre, quand j'ai accouché en juin dernier et que ma mère m'a amené mes filles, j'ai eu un choc en les voyant. Ma première était à l'aube de ses six ans, du changement d'école, de la première année et des cours de violoncelle... Elle était calme et posée devant son petit frère : une vraie petite mère! Ce n'était plus une petite fille, elle était vraiment devenue une grande, sage et raisonnable. Tandis que mon bébé... et bien ce n'était tout simplement plus un bébé! Elle avait deux ans et demi et même si je l'avais bercée quelques jours plus tôt, je ne pouvais plus faire semblant que c'était encore un bébé. Je la regardais s'approcher, tout excitée, et je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire : « T'es donc bien grande, t'es donc bien dodue, t'es pu un bébé! » Ce à quoi elle m'a répondu (avec son sourire plein de craques de dents) « Moi y'é pas dodue! » Alors j'ai regardé mon mini-garçon-de-un-jour et je me suis dit : « Fiou! Au moins il me reste encore un bébé! » Quand je repense à ça... Mon Dieu! Ça fait déjà quatre mois... Hé que ça passe vite!













