Il y a de ces personnes que l'on croise furtivement, mais qui ont un impact persistant dans nos vies...
Comment et pourquoi ai-je décidé d'allaiter? Mystère... J'étais la première de la famille à donner naissance à un enfant et aucune des femmes, d'un bord comme de l'autre, n'avait allaité. Quelques amies et collègues avaient nourri au sein leur bébé quelques semaines ou quelques mois, ce qui est très bien, mais sans plus. Il faut dire qu'en 2001, j'étais une des premières chanceuses à bénéficier du congé parental de 50 semaines; les mères allaitantes pouvaient enfin espérer pouvoir allaiter plus facilement leur enfant au-delà de quelques mois...
Me voici donc, armée de mon désir intérieur d'allaiter, du soutien de mon conjoint et de mon « Mieux vivre avec son enfant »...on est en 2001. Après un long et pénible accouchement, autant pour mon poupon que pour moi-même, nous voici, affrontant la somnolence et la jaunisse du nourrisson, les gerçures et le début de mastite de la nourrice. Comment ai-je survécu à cette première semaine d'allaitement? Je l'ignore! Peut-être est-ce grâce au Bélier fonceur en moi ou à ma tête de cochon!
Au départ, je m'étais fixée comme objectif d'allaiter quelques semaines, voire jusqu'à ce que bébé puisse débuter les céréales, soit entre quatre et six mois. N'oubliez pas : nous sommes en 2001. Quand bébé a eu quatre mois, je me suis dit que ça allait si bien que je pourrais continuer l'allaitement, retarder les céréales et attendre à six mois... À six mois, je me suis dit que ça allait si bien, donc pourquoi ne pas poursuivre nos tétées, petits moments intimes, et attendre jusqu'à ce que je puisse introduire le lait de vache 3,25 %, soit à neuf mois, et oublier la formule lactée? Ai-je mentionné que nous sommes en 2001?
Petit train va bien et va loin... Jusqu'à ce qu'arrive LE MUR, à dix mois et demi. Nous sommes la fin de semaine de la fête de Dollard-des-Ormeaux... ou de la Reine... ou des Patriotes (oups! nous sommes en 2002), appelez-la comme vous voulez! Je suis très enrhumée. D'une tétée à l'autre, ce samedi-là, plus moyen de faire boire mon petit homme : c'est la crise chaque fois que je l'approche du sein... Mais qu'est-ce qui ce passe? Mon « Mieux vivre... » ne m'est d'aucune utilité, couvrant uniquement les problématiques de début d'allaitement. Mes amies et collègues qui ont allaité quelques semaines ou mois, ce qui est très bien, je le répète, ne me sont d'aucune aide non plus dans cette situation.
Arrive lundi, je suis découragée, engorgée et je me sens rejetée et incompétente. C'est jour férié, donc les ressources communautaires que je connais à peine ne sont pas disponibles. Je tombe sur une feuille remise à mon cours prénatal concernant l'allaitement et j'y lis le nom de quelques monitrices de la Ligue La Leche. J'appelle celle de ma ville, pas de réponse... Je prends mon courage à deux mains et je compose le numéro de la monitrice de la ville voisine. On répond. Je demande à parler à Mme Beaudoin. C'est elle-même. Je m'excuse de la déranger en plein jour férié et je déballe mon sac...
Croyez-moi, l'émotion transperçait mon monologue! Ce jour-là, j'ai croisé un ange! Elle a pris le temps de m'écouter, avec beaucoup d'empathie, et de me donner quelques trucs à essayer en me disant que je vivais probablement une grève de la tétée... UNE QUOI??? C'était la première fois de ma vie que j'entendais parler d'une telle grève!!! Durant vingt minutes, cette femme a pris le temps d'accueillir ma peine et ma détresse, de me rassurer dans mes compétences de mère et de m'affirmer que ce n'était pas ma faute. Si vous saviez comme ça m'a retiré un poids immense des épaules et du cœur! Bien entendu, mon problème de grève de la tétée était loin d'être réglé, mais au moins j'étais écoutée et mieux renseignée.
Après ce malheureux épisode, j'ai eu la chance de pouvoir récupérer la tétée du matin. Mais un beau matin, trois mois plus tard, j'ai installé mon fiston au sein et il l'a pris pour le relâcher après quelques secondes à peine. Je l'ai regardé, ce petit bout d'homme de treize mois et demi, et lui ai dit que s'il ne voulait plus téter, j'acceptais sa décision. Je nous savais en sursis depuis ces trois derniers mois et j'avais savouré chacune de ces tétées matinales en sachant que ça pouvait bien être la dernière. Vous savez ce qu'il a fait? Il m'a souri, les yeux dans les yeux, et d'un coup de hanche, il m'a fait comprendre qu'il souhaitait être déposé par terre. Mon fils était prêt à affronter le monde sans mon lait.
Aujourd'hui, en 2010, j'aide les femmes allaitantes de ma région en tant que marraine d'allaitement, en faisant du jumelage et du remplacement à la clinique d'allaitement. Tenter de soutenir et d'être utile à toutes ces femmes, et ce, malgré les difficultés parfois rencontrées, me remplit de satisfaction.
Merci Mme Beaudoin d'avoir prêté votre oreille et votre cœur à une maman en détresse, ce lundi férié de mai 2002. Si vous saviez la différence que vous avez pu faire et à quel point ce petit coup de fil de vingt minutes a pu changer dans ma vie... Merci!
Au sujet de la grève de la tétée :
www.allaitement.ca/docs/depl/Votre%20b%E9b%E9%20fait-il%20la%20gr%E8ve%20de%20la%20t%E9t%E9e.pdf
www.allaitement.ca/infos/rubrique.php?id=15&g_menu=6
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