Bouquineuses branchées

Confidences d’une mère en talons aiguilles

Ballerine de formation, marionnettiste de carrière, Tina Karr a récemment pris un virage inespéré pour devenir auteur. Tout d’abord blogueuse puis ensuite écrivaine, elle livre, dans son premier ouvrage Une mère en talons aiguilles, une intéressante réflexion sur la vie et sur la sexualité après la maternité. Rencontre avec une mère de trois enfants, mariée depuis 21 ans et au top de sa forme.

E.A : Commet fait-on le saut de ballerine à écrivaine? Quel a été l’élément déclencheur?

T.K : L’envie d’écrire m’est venue comme un vent fort d’inspiration. L’an dernier, j’ai passé trois ou quatre nuits d’affilée à écrire, les mots défilaient en continu. Puis, pendant quatre mois, je n’ai plus rien fait qu’écrire. C’était une nécessité! Je crois même que je suis restée en pyjama. Les mots sont sortis d’un jet, sans structure, et j’ai écrit tout ce qui m’est venu en tête. Plus tard, j’ai organisé mes idées en un livre, puis j’ai envoyé mon manuscrit à divers éditeurs qui m’ont très vite répondu avec enthousiasme.

 E.A : Votre livre parle de ce que vivent les femmes après la naissance d’un enfant et surtout, de l’importance de la sexualité dans la vie d’un couple. Pensez-vous que dès qu’un enfant naît, l’éclatement de la bulle du couple et son effondrement soient inévitables?

T.K : Premièrement, je déplore le fait que personne ne prépare les femmes à ce qui les attend. Personne ne dit aux futures mères qu’elles ne feront presque plus l’amour pendant des mois si ce n’est pas des années! Le malaise de la panne sexuelle est pourtant universel. J’ai écouté plein de femmes et elles disent toutes la même chose! Deuxièmement, je crois qu’il est important de respecter les différentes bulles et de leur accorder leur juste place: celle de maman-bébé qui ne doit pas perdurer trop longtemps, celle de la famille qui se crée et se tisse avec le temps, et celle du couple, trop souvent laissée pour compte.

 EA : Quel est le rôle de l’homme dans tout ça?

T.K : Le problème est que lorsque les femmes accouchent, les hommes ne les voient plus comme des amantes mais comme la mère de leur enfant. J’ai souvent constaté aussi cette infantilisation des hommes qui retrouvent «leur mère» auprès de leur femme devenue maman. Souvent, ils ne savent pas quoi faire avec leur épouse prise par toutes les responsabilités et les changements de la maternité, et ils finissent par tromper leur femme car ils n’ont plus de désir à la maison.

 E.A : Comment ne pas tomber dans la routine des premiers temps et du manque de sommeil accompagné du manque de désir?

T.K : Il faut des efforts au quotidien pour dépasser la routine, qui est l’ennemi du désir, et aller vers les trois piliers de l’amour : la confiance, la communication et l’imagination. On a tout faux quand on oublie la sexualité. La femme qui s’éloigne de la base de la séduction oublie qu’au départ l’attirance physique est la seule chose qui compte entre deux êtres. Plus tard dans le couple, ce qui compte c’est l’amour sincère qui permet de se connaître intimement.

 E.A : Quels conseils concrets donneriez-vous aux couples en panne d’idées et de motivation?

T.K : Il faut sortir de la maison coûte que coûte! L’hôtel est le meilleur ami des jeunes parents. Pour commencer cette démarche, il faut accepter que nous ne sommes pas indispensables, que nos enfants peuvent se faire garder, et qu’ils survivront à notre absence. Pour la suite, à chacun son imagination et son style.

 E.A : Quel est votre message aux femmes qui sont devenues mères et ne savent plus très bien quel est l’avenir de leur couple?

T.K : La question de fond de mon livre est que l’on prend pour acquis que l’amour est là et qu’il va durer. Mon message par ailleurs est que l’on peut faire perdurer l’amour avec une vie sexuelle excitante. La clé du succès réside dans la façon de se réapproprier son corps et d’être en forme pour l’amour. Il est important que la femme retrouve son corps de femme, celui dans lequel elle se sent bien, ainsi que son côté coquin. Il faut que l’utilité du corps soit transposée au lit! Si l’homme est visuel, la femme est tactile: il suffit simplement de se réattribuer les rôles.

 E.A : Un conseil aux hommes?

T.K : L’homme aussi doit faire attention à lui et ne pas se laisser aller. Il doit lui aussi séduire à nouveau sa femme et nourrir son désir par de multiples attentions. Mais surtout, il faut que l’homme comprenne ce qui arrive à sa femme, comment sa vie est bouleversée.

 E.A : S’il fallait retenir une seule chose de votre expérience personnelle? Qu’est-ce qui a sauvé votre couple après trois enfants et plus de 20 ans de mariage?

T.K : Il faut communiquer au lit! Et comme notre sexualité évolue, il faut travailler pour retrouver le bon chemin. Personnellement, je pense qu’il est essentiel de se parler, de se dire les vraies choses pour redevenir complices. C’est ce qui nous a unis, mon mari et moi. Seule la confiance permet de se livrer entièrement à l’autre.


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