Bouquineuses branchées

Un outil pour mettre en pratique l’empathie et l’écoute active

Je l’avoue bien humblement, lorsque j’ai lu le titre de ce livre : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, j’étais assez sceptique. Se pouvait-il que les enfants écoutent vraiment? J’ai tellement l’impression que je gaspille une quantité infinie de salive dans une journée. À moins que ce ne soient les oreilles de mes enfants qui aient un problème. Pourtant, je les nettoie régulièrement…

Bref, j’ai décidé de me procurer ce livre puisque son résumé avait réussi à me convaincre que j’arriverais à trouver une façon différente de gérer les conflits mais aussi à mieux communiquer avec mes enfants.

Après sa lecture, je dois dire qu’il s’agit d’un véritable guide. On y trouve des exemples concrets avec des BD illustrant certaines situations. Ce qui est bien dans ce livre, c’est que les auteurs, contrairement à d’autres, affirment qu’il n’est jamais trop tard pour mettre les techniques mentionnées en pratique. On se sent, dès lors, moins coupable…

Dans un premier temps, on nous propose des techniques ayant pour but d’aider les enfants aux prises avec leurs sentiments. Donc, écouter en silence et avec attention pour ensuite accueillir les sentiments de l’enfant à l’aide d’un simple mot (Oh!, Hum!, Je vois!). On suggère ensuite de nommer les sentiments, par exemple en disant : « Ça a l’air frustrant. » On nous dit aussi d’utiliser l’imaginaire pour leur offrir ce qu’ils désirent. Par exemple : « J’aimerais pouvoir faire mûrir la banane pour toi tout de suite. » Enfin, on nous conseille d’accueillir tous les sentiments mais en limitant certaines actions comme dans l’exemple qui suit : «Je vois combien tu es fâché contre ton frère. Dis-le lui avec des mots, pas avec tes poings.»

On nous donne également quelques trucs pour susciter leur coopération. Pour ce faire, on nous suggère de décrire ce qu’on voit ou le problème, et de donner les renseignements appropriés. Par exemple : « Il y a une serviette humide sur le lit. La serviette mouille ma couverture. » On décrit ensuite ce qu’on ressent : « Je n’aime pas dormir dans un lit humide. »

Qui ne rêve pas de pouvoir remplacer la punition? Eh bien, les auteurs nous donnent certaines idées qui méritent d’être exploitées :
1- Indiquer à notre enfant une façon de se rendre utile (par exemple, vous êtes à l’épicerie et votre enfant touche à tout; demandez-lui alors de choisir quelque chose dont vous avez besoin);
2- Lui exprimer fortement notre désaccord sans attaquer sa personnalité (vous êtes toujours à l’épicerie et votre enfant court dans les allées; dites-lui que vous n’aimez pas ce qui se passe, que ça dérange les clients);
3- Formuler nos attentes (dites-lui que lorsque vous allez à l’épicerie, vous vous attendez à ce qu’il reste près de vous et qu’il tienne le chariot);
4- Lui montrer comment redresser la situation, lui offrir un choix (dites-lui qu’il a deux choix : marcher ou s’asseoir dans le chariot);
5- Passez à l’action (dites-lui : « Je vois que tu as décidé de t’asseoir dans le chariot. »);
6- Le laisser faire l’expérience des conséquences de son comportement (la prochaine fois que vous allez à l’épicerie, il ne vous accompagnera pas).

Lors de situations problématiques, on propose de pratiquer la résolution des conflits. Il s’agit de proposer à notre enfant de réfléchir ensemble à une ou plusieurs solutions. On commence bien entendu par identifier le problème avant de chercher ensemble des solutions. On laisse notre enfant commencer et on note sur papier toutes les propositions, les siennes comme les nôtres sans porter de commentaires. En relisant les propositions, on permet à chacun d’éliminer celles qui ne lui conviennent pas pour conserver celle qui convient aux deux parties.

Pratiquer l’écoute active est une autre bonne méthode à mettre en pratique. Ainsi, quand notre enfant a un problème, on nous suggère de l’inciter à parler, mais en essayant de traduire son sentiment (« Tu as l’air fatigué? Tu as l’air en colère? »). Toutefois, pour ce faire, il vaut mieux éviter de poser des questions trop fermées, c’est-à-dire qui n’amèneraient sûrement qu’un oui ou un non et dissimuleraient le vrai problème. Lorsque notre enfant parle de son problème, on suggère de ne pas intervenir mais plutôt acquiescer ou reprendre ses propres mots sauf si, bien entendu, ceux-ci sont négatifs. Enfin, on ajoute qu’il est important de ne pas apporter ses propres solutions à notre enfant, mais plutôt le laisser trouver les siennes au fil de la discussion.

D’autres situations sont décrites pour encourager l’autonomie. À ce titre, il importe d’offrir des choix à nos enfants (ex. : Ton pantalon gris ou le rouge?). Comme on a parfois tendance à lui donner des ordres, on a plus de difficulté à se faire écouter. L’option entre des choix lui permet d’avoir une certaine liberté et de mieux collaborer. Autres points : lui montrer que l’on respecte ses efforts (ex. : « C’est un travail bien délicat que d’attacher ses chaussures. »), ne pas poser trop de questions ni se presser d’y répondre (ex. : votre enfant vous demande d’où vient la pluie et vous lui répondez : « D’après toi, d’où vient-elle? »), l’encourager à utiliser des ressources à l’extérieur du foyer et ne pas supprimer l’espoir, c’est-à-dire le laisser explorer et expérimenter au lieu de le préparer à une déception.

L’utilisation de compliments argumentés est, selon les auteurs, un bon moyen de communiquer avec nos enfants. Ils se sentent alors davantage écoutés. Par exemple, si l’un d’entre eux nous montre son dessin, au lieu de lui répondre : « Ton dessin est magnifique », on a avantage à souligner ce que nous trouvons de magnifique : « Tu as dessiné une fleur très détaillée et tu n’as pas dépassé du tout en coloriant les pétales. »

Une partie de ce livre traite des rôles qui empêchent nos enfants de s’épanouir. Ainsi, si ceux-ci ont l’habitude d’entendre différentes choses à leur sujet (par exemple : qu’ils sont lents, têtus, etc,), ils commenceront à se percevoir comme tels. Pour les aider à se dégager de ce rôle, on nous propose de rechercher les occasions de leur présenter une nouvelle image d’eux-mêmes, de les placer dans des situations qui leur permettent de se voir d’un œil différent, de faire en sorte qu’ils nous entendent dire des choses positives à leur sujet, de donner nous-mêmes l’exemple du comportement que nous souhaitons leur inculquer, d’être le coffre aux trésors de leurs bons coups.

Voici, en terminant, un résumé de quelques trucs qui ne me semblent pas trop difficiles à appliquer au quotidien et qui, selon mon expérience, donnent certains résultats. Évidemment, comme chaque enfant est unique, rappelons-nous que ce qui fonctionne avec un ne fonctionnera pas nécessairement avec l’autre.

- Ne pas utiliser le pourquoi car l’enfant se sent accusé et ne répond pas ou répond « parce que ».
- Lorsque l’enfant n’arrive pas à se calmer, lui demander de dessiner ce qu’il ressent.
- Ne pas répéter ses mots s’ils sont péjoratifs.
- Ne pas utiliser de longs discours, mais plutôt une phrase courte. D’ailleurs, un seul mot peut parfois suffire.
- Demander à l’enfant de respecter un délai.
- Dire les choses à la tournure impersonnelle car le « Tu » ou son prénom répété à plusieurs reprises est très culpabilisant.
- Proposer des choix (ex. : « Tu veux te brosser les dents avant ou après ton histoire. »)
- Remplacer le non par le oui (ex. : « Oui, tu pourras aller jouer après dîner », plutôt que « Non, on passe à table. »)
- Utiliser des compliments descriptifs, ainsi au lieu de dire : « C’est bien, c’est beau », dire « Tu as mis tes vêtements tout seul. »
- Ne pas poser trop de questions (ex. : au lieu de dire : « qu’est-ce que tu as fait à l’école aujourd’hui », l’accueillir en disant : « je suis contente de te voir. »

Source : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish,www.archambault.ca


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