En attendant bébé

Comment concilier diabète et grossesse?

« T'es encore enceinte? Mais, t'as pas peur avec ton diabète, tu pourrais le donner à ton bébé... » Hum... et le manque de tact, est-ce que ça se transmet aussi aux enfants? Dans ce cas, plusieurs partiront hypothéqués! Ça fait maintenant vingt-trois ans que je suis diabétique de type 1. C'est donc du « vrai » diabète, pas celui qui se soigne aux pilules, ni du diabète de grossesse. Je dois m'injecter de l'insuline environ quatre fois par jour et faire tout aussi régulièrement de petites piqûres sur le bout de mes doigts pour vérifier mon taux de sucre. Je vis avec cette maladie depuis l'âge de sept ans, elle était présente lors de mon premier party d'adolescents, mon bal de finissants, le jour de mon mariage et, bien sûr lors de chacune de mes grossesses.

Si j'ai choisi d'avoir des enfants, ce n'est pas par inconscience, ni parce que je ne me préoccupais pas des répercussions possibles sur leur santé... Le diabète et la grossesse ne sont pas deux états inconciliables. D'ailleurs, plusieurs femmes se découvriront un diabète de grossesse et n'auront pas le choix d'apprendre à vivre avec tout au long de ces quelques mois. Par contre, la grossesse amenant déjà plusieurs petits désagréments, il est certain que le fait de devoir conjuguer avec une maladie sérieuse complexifie davantage les choses. Comment faire alors pour traverser ces neuf mois et parvenir à mettre au monde un beau bébé en santé?

Tout d'abord, il est primordial de trouver une équipe médicale de confiance. Les diabétiques sont généralement suivies dans des cliniques de grossesses à risques élevés (G.A.R.E.) Pour avoir vécu deux suivis complètement opposés lors de mes premières grossesses, j'ai pu constater la différence. Dans les hôpitaux qui ne disposent pas de telles cliniques, on est perçue comme « le cas » de l'hôpital. Les médecins sont plus hésitants, la technologie fait parfois défaut et on doit souvent multiplier les visites à différents endroits pour réussir à obtenir l'ensemble des services nécessaires tout au long de sa grossesse.

À l'inverse, dans les cliniques de G.A.R.E., les gynécologues-obstétriciens sont habitués à suivre des patientes diabétiques, ils connaissent bien l'actualité médicale et disposent de tout l'arsenal nécessaire aux bons soins de leurs patientes. D'ailleurs, en plus des médecins, ces cliniques regroupent des nutritionnistes, des infirmières ainsi que des techniciennes en radiologie et sont généralement présentes dans les hôpitaux universitaires. On peut ainsi consulter sans problème d'autres spécialistes au besoin. Les diverses échographies sont effectuées sur place, de même que les prélèvements sanguins et on y reçoit le soutien et les conseils nécessaires pour passer à travers les moments plus difficiles.

Une fois qu'on a déniché une bonne équipe médicale pour assurer notre suivi, il faut évidemment préparer la grossesse. Comme pour toutes les femmes, il est recommandé de prendre de l'acide folique durant les trois mois précédant la conception. Toutefois, pour les diabétiques, la dose quotidienne passe de 1 mg à 3 mg et certaines pharmacies exigeront une prescription. En plus, il faut veiller sur son diabète et s'assurer d'avoir de belles glycémies (taux de sucre dans le sang), éviter les hypoglycémies (baisses de sucre) et les hyperglycémies (trop de sucre). Ainsi, on devrait consulter son spécialiste dès que l'on songe à une grossesse afin de s'assurer que notre contrôle soit optimal. Notre médecin pourra également nous prescrire des analyses sanguines pour vérifier le tout et ajuster notre médication au besoin. En outre, les diabétiques qui se soignent par médication orale devront apprendre à se faire des injections tout au long de leur grossesse.

Après quelques mois de pratique, enfin une petite ligne apparaît... C'est le début de la grande aventure et alors seulement le vrai travail commence! Il ne faut pas se le cacher, ce n'est pas tous les jours évident d'être diabétique et enceinte : il faut sans cesse ajuster les injections parce que les besoins en insuline changent tout au long de la grossesse. Lors des premiers mois, les nausées et les vomissements sont également problématiques, puis il faut combattre les fringales et les rages de sucre! Pourtant, les études le démontrent : une maman diabétique qui fait bien attention à sa santé et qui est suivie par une équipe médicale compétente aura les mêmes chances qu'une femme « normale » de mettre au monde un bébé en santé.

Pourtant, les vieux mythes ont la vie dure : on entend souvent que les bébés de diabétiques sont des « gros au pied d'argile », qu'ils sont fragiles, qu'ils séjournent davantage en unité de néonatalogie, que, souvent, les épaules « bloquent », que les césariennes sont plus fréquentes et les hospitalisations plus longues... J'ai même entendu que tous les bébés naissaient diabétiques et que seuls certains « guérissaient »! Faisons le point là-dessus... Premièrement, le diabète n'est pas une maladie qui survient à la naissance, elle se déclare généralement avant vingt ans pour le type 1 et durant l'âge adulte pour le type 2. Par conséquent, aucun bébé n'est diabétique dans le ventre de sa mère. Son pancréas fonctionne normalement et il produit sa propre insuline en réponse à l'alimentation qu'il reçoit de sa mère par le cordon ombilical. Par contre, lorsque la mère a tendance à avoir un taux de sucre toujours trop élevé, le bébé sera habitué à surproduire de l'insuline. Ainsi, après l'accouchement, ces bébés pourront souffrir d'hypoglycémie du nouveau-né; le temps qu'ils ajustent leur production d'insuline à leur nouvelle alimentation. Le meilleur remède à ce problème est une mise au sein rapide, suivie de plusieurs allaitements réguliers durant les premières heures de vie et tout rentre dans l'ordre. Lorsque c'est impossible, on donnera des solutions de gavage à l'enfant, par la bouche ou par sonde et on pourra également installer un soluté de glucose dans certains cas.

Ensuite, il est vrai qu'en général, les bébés de patientes diabétiques sont un peu plus gros que la moyenne. Cependant, ces bébés ne sont plus aussi fragiles qu'autrefois et le taux de complications graves est extrêmement faible. Mais encore une fois, ce qui a permis d'améliorer les choses est que l'on demande un contrôle plus rigoureux aux femmes avant et tout au long de leur grossesse. Une mère qui ne fait pas attention menace son bébé de plusieurs complications : un surpoids important (macrosomie fœtale) qui augmentera les risques que les épaules ne passent pas (dystocie des épaules), sans compter les risques de malformation qui touchent principalement le cœur, le système nerveux central et le squelette. Le bébé pourra également présenter un retard au niveau de la maturation des poumons qui entraînera des problèmes à la naissance. En plus, la maman qui ne contrôle pas bien son taux de sucre augmente significativement les risques de perdre son bébé par avortement spontané ou fausse-couche et pourrait voir son diabète endommager ses yeux (rétinopathie) et ses reins (néphropathie).

Et la césarienne dans tout ça? Après la mode croissante des césariennes planifiées que de plus en plus de femmes réclamaient, on sent que l'accouchement naturel redevient l'alternative privilégiée. Dans les faits, il n'y a pas de contre-indication à laisser une femme diabétique accoucher si son état de santé est bon et que sa grossesse se déroule normalement. Par contre, on suggère souvent aux mamans de déclencher leur travail à la 38e semaine. Cette pratique est due au fait que le placenta des diabétiques semble vouloir vieillir prématurément, augmentant ainsi le nombre de complications et même de décès intra-utérin au-delà de cette date. De plus, puisque le bébé a souvent déjà atteint un bon poids, le laisser engraisser pourrait mener à des difficultés supplémentaires au moment de l'accouchement. Bien sûr, le revers de la médaille est que les accouchements provoqués conduisent plus souvent à des césariennes et des complications mineures : ralentissement du travail, procidence du cordon, troubles respiratoires ou difficultés lors de l'allaitement. Mieux vaut discuter de chaque avenue possible avec son spécialiste et bien peser le pour et le contre des options qui s'offrent à nous.

Ouf! En conclusion, je dirais que la maternité pour une diabétique est un beau défi! Ce n'est pas facile (mais quelle grossesse l'est réellement?), c'est exigeant et on vit des moments d'inquiétude et d'angoisse... Pourtant, il n'existe pas de plus belle récompense qu'un minuscule bébé qui serre bien fort notre doigt en nous fixant de son regard intense...

Ma grande Anaïs est arrivée à 37 semaines et 5 jours, j'avais crevé mes eaux et malgré cela ça m'a pris plus de 19 heures de travail dont 2 à pousser. Elle pesait 8,2 lbs et n'a souffert d'aucun problème, pas même une petite jaunisse! C'est aujourd'hui une belle fille de presque 6 ans qui adore les livres et la musique. Ma deuxième grossesse a été plus difficile, après avoir vérifié la maturité des poumons par amniocentèse à 36 semaines, on a décidé de me provoquer. Tout avait bien commencé, mais au milieu du travail, le cordon est passé devant la tête et il a fallu me conduire d'urgence au bloc opératoire. Comme je n'avais pas encore eu de péridurale, on m'a fait une césarienne d'urgence sous anesthésie générale. Zoé, malgré ses 8,2 lbs, a passé une journée et demie en néonatalogie, elle a fait un peu d'hypoglycémie et elle respirait trop vite (tachypnée transitoire). J'ai débuté l'allaitement seulement 24 heures après sa naissance et, par la suite, les choses sont vite rentrées dans l'ordre. Aujourd'hui, c'est une tornade blonde de deux ans qui n'a peur de rien, elle est à la fois notre clown et notre rayon de soleil!

J'atteindrai sous peu ma 35e semaine de grossesse. Félix-Antoine pèse un peu plus de 6 lbs, il est très actif et nous a fait de belles frousses. J'ai été hospitalisée durant 2 jours à 34 semaines, car on croyait que j'allais accoucher. Ça fait une semaine que j'ai des contractions régulières, je pourrais accoucher n'importe quand! Au départ, j'avais choisi de subir une autre césarienne parce que je craignais l'incertitude, la rupture utérine, le travail qui s'éternise, mais surtout, une autre césarienne d'urgence sous anesthésie... Pourtant, plus les jours avancent et plus j'ai envie d'accoucher. Je ne sais pas ce qui se passera, je ne sais pas quel jour mon petit bonhomme choisira pour faire sa grande entrée dans le monde ni quel sera alors son état de santé. À ce jour, le pronostic est excellent : bon cœur, bon poids, pas d'anomalie, il est en pleine forme et c'est déjà un champion de soccer! Ma grossesse a eu des hauts et des bas, mais je n'en regrette aucun moment. J'ai hâte de tenir enfin mon bébé... Et non, je ne sais pas encore si ce sera le dernier!

Fruits et Passion

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