Je suis sortie de ma première échographie avec un choc et beaucoup d’excitation : j’allais avoir des jumeaux ou des jumelles (le choc) et ils ou elles seraient identiques (l’excitation). Une surprise dont nous allions parler tous les jours des mois suivants!
Le cours jumeaux identiques 101
J’ai alors appris ce jour que je vivais une grossesse « mono-di ». En termes simples, ça signifie que les deux bébés sont dans une même poche séparée par une fine membrane; qu’ils évoluent chacun dans leur liquide amniotique et qu’ils partagent le même placenta.
ls sont issus d’une ovule fécondée s’étant divisée en deux et qui formera deux bébés identiques, forcément de même sexe.
Ce type de grossesse comporte bien des complications possibles, dont le syndrome transfuseur-transfusé (circulation du sang du placenta aux bébés inégale entrainant un retard de croissance chez un bébé).
Bref, bien des échographies et des doppler (écho pour surveiller la circulation du sang) en vue. Tant qu’à avoir des jumeaux, me suis-je dit, aussi bien les avoir identiques!
Le syndrome de la sœur jumelle
Ce phénomène existe sûrement dans les sphères de la psychologie et porte assurément un nom plus scientifique, mais pour la présente chronique, j’extrapolerai le nom susmentionné.
Il s’agit de cette tendance qu’ont plusieurs filles durant l’enfance ou l’adolescence de s’habiller, se coiffer et d’agir comme leur meilleure amie. En ressort un état de symbiose temporaire qui semble être bien rassurant : les « jumelles » étant maintenant deux pour « conquérir » le monde! Ce phénomène se trouve parfois aussi en mode « triplettes », « quadruplées » et autres multiples.
Dans ma jeunesse, j’ai moi-même un peu vécu ce phénomène et même espéré découvrir une jumelle séparée de moi à la naissance!
Quelle surprise de voir que je serais aux première loges pour assister à cette connexion mystique entre ces deux êtres de ma création! Je les voyais déjà jouer des tours, ressentir ce que l’autre ressentirait… bref, je déborde d’imagination!
Stratégies de différenciation
Combien d’histoires avons-nous entendues de parents qui, dépassés par la situation, ont perdu le fil et ne sont tout simplement pas sûrs que leurs jumeaux n’aient jamais été; inversés! Nous ne serions pas du groupe!
Les solutions retenues : des bracelets gravés à leur nom et des couleurs de vêtements attribuées à chacun(e).
Surprise!
Dès la 20e semaine, nous avons été au fait qu’un écart de poids se creusait entre nos jumelles (et oui : des filles!) : le fameux syndrome transfuseur-transfusé nous guettait! Dès lors, nous nous attendions à deux copies conformes, mais de tailles différentes. Tant pis pour les bracelets!
Et voilà que les cocottes se pointent à la 35e semaine avec une notable différence de 25 % de poids. On les reconnait vite à leur taille, mais, plus je les regarde, plus je leur trouve des différences.
Mêmes oreilles, nez, sourcils et bouche et déjà une connexion qui nous étonne, pourtant nous doutons qu’elles soient identiques. Quelque chose dans leurs yeux et une abondance de cheveux chez la première faisant paraître la cadette plus blonde se mêlent à leurs personnalités déjà différentes et brise définitivement l’image que je m’étais faite du phénomène.
Sur le coup, je suis choquée. Forte de mes hormones de postpartum, je dirais même que je suis une méchante maman déçue! Oui! Pour de telles futilités! Je finis par relativiser, mais j’avoue que les commentaires des autres sur leur différence ne me laissent pas indifférente.
Le test de zygosité
Les avis sont partagés parmi les médecins. L’une dit, sans les voir, qu’elles sont forcément identiques, l’autre dit que les grossesses « mono-di » ne mènent pas toutes à des jumeaux identiques : une question de doute sur deux placentas pouvant s’être soudés. Devant mon questionnement, on m’informe qu’un test de zygosité existe pour vérifier s’il s’agit vraiment de « vraies » jumelles.
Dans la plupart des cas, ce test est effectué pour savoir si un jumeau peut faire don d’un organe à son double. Sachant cela, mes raisons ne m’apparaissaient pas valables. De toutes façons, que le test infirme ou confirme leur statut, seraient-elles plus pareilles à mes yeux?
Changement de cap
Le temps passe et l’écart de poids diminue. Je vois bien en photos qu’elles se ressemblent beaucoup. Toutefois, lorsque je les ai devant moi, je crois que, même si elles devenaient parfaitement identiques, je ne serais jamais capable de les voir comme telles… et c’est une bonne chose!
J’ai réalisé avec le temps que je n’avais pas imaginé deux petites filles pareilles, mais deux fois la même fillette. Vous saisissez la nuance? Mais qui peut souhaiter avoir deux fois exactement le même enfant ou être la copie parfaite d’une autre personne?! Elles ont leurs propres goûts, qualités et défauts.
Dans une vie de maman, il y a tant de choses plus importantes à penser! Je suis donc passée à autre chose. J’avoue toutefois que lorsqu’on me demande si mes jumelles sont identiques (3-4 fois par promenade en public), je suis un peu lasse de répondre : « Oui! » et, devant les visages parfois suspicieux, d’ajouter : « Mais elles sont différentes à cause de leur écart de poids! ».
Aujourd’hui, quand je vois des couples de jumeaux qui me semblent parfaitement identiques, je me demande si leurs parents, eux, sont capables de les voir pareils.
Mère – en simple et en double!













