Nous sommes six stagiaires Québec Sans Frontière (QSF), ainsi qu'une accompagnatrice, à faire un stage en santé reproductive à Bamako au Mali. Dans le cadre de la Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté qui avait lieu du 17 au 23 mai, nous avons voulu en apprendre davantage sur cette réalité au Mali. Pour ce faire, nous avons rencontré Mme Bagayogo Suzanne, sage-femme depuis quinze ans. Nous vous avons concocté un article pour vous faire part de cette réalité.
Lors de notre entretien avec cette sage-femme, ce qui nous a le plus marqué est la différence entre les conditions de l'accouchement en milieu urbain et rural. En ville, les accouchements se font de plus en plus dans les centres de santé, ce qui permet de mieux gérer les imprévus lors des accouchements. Même si l'accouchement a lieu à la maison, les centres de santé demeurent accessibles en cas de complications. C'est une sage-femme et une infirmière qui pratiquent l'accouchement de façon générale, mais un médecin se tient toujours près si nécessaire.
Par contre, en milieu rural, la réalité de l'accouchement demeure plus difficile. La plupart des accouchements sont pris en charge par la matrone du village. Il s'agit d'une femme qui, habituellement, a plus ou moins d'expérience en matière d'accouchement et qui ne dispose pas d'une formation précise. En cas de complications, l'accès aux centres de santé demeure plutôt difficile. De plus, la tradition a encore une place importante. La solution envisagée par la famille en cas de complications est souvent le recours à un féticheur et à différents rituels, ce qui retarde encore plus l'accès à des soins d'urgence. Se rendre à ces services prend en général trop de temps et malheureusement la femme et/ou l'enfant y laisse la vie.
Nous nous sommes ensuite questionnés sur la place du père lors de l'accouchement. Celle-ci est contrainte en raison de différents facteurs. Entre autres, dans les centres de santé, l'espace des salles d'accouchement est très limité. Parfois, deux femmes accouchent dans la même salle sans paravent pour préserver leur intimité. La présence d'un homme pourrait donc entraver la pudeur de l'autre femme occupant la salle ainsi que la mobilité des agents de santé. L'accouchement est encore un phénomène qui peut faire peur aux hommes puisqu'ils manquent d'information à ce sujet.
En ce qui concerne les complications qui peuvent survenir, la rupture utérine est la plus fréquente. Elle peut être causée par une distorsion du bassin de la femme, donc un manque d'espace pour permettre au bébé de passer. Le fait de pousser malgré ce manque d'espace entraîne une déchirure et ainsi une grave hémorragie. Cela peut causer une perte de l'utérus voire même entraîner la mort. Les accouchements multiples et rapprochés entraînent également un nombre important de complications chez la femme.
Aucune technique précise n'est utilisée pour soulager la douleur de la femme lors de l'accouchement. On mise sur l'importance de la rassurer ainsi que sur la respiration lors des poussées. Dès la sortie du bébé, on privilégie un contact direct avec la mère. Cela diminue l'anxiété de la mère quant au travail qui reste à faire.
La plus grande source de stress pour les femmes est d'ignorer l'aboutissement de cette grossesse. En effet, il existe beaucoup d'histoires de femmes qui sont décédées ou qui ont perdu leur bébé. Compte tenu de ce stress engendré par la non-information, la sage-femme privilégie des comptes-rendus fréquents sur la situation de la femme tout au long de sa grossesse dans le but de la rassurer.
Selon madame Bagayogo, l'une des directions nécessaires à prendre au niveau de l'accouchement au Mali est la suivante : faire de la sensibilisation dans les écoles de santé pour y intégrer des cours de communication. Ces cours permettront aux agents de santé d'être plus aptes à communiquer aux femmes les informations nécessaires lors des suivis.
Elle propose aussi qu'en milieu rural, des émissions de radio portant sur les conséquences de l'accouchement à domicile soient faites. Finalement, elle propose d'imposer une formation aux matrones qui travaillent dans les villages. Cette formation leur permettrait de reconnaître et gérer les risques qui peuvent survenir lors des accouchements et ainsi agir avant qu'il ne soit trop tard.
Somme toute, le plus grand travail à faire selon cette sage-femme, concerne la communication avec la future mère afin de la rassurer au maximum et lui transmettre les informations entourant l'accouchement. Cela ferait en sorte que l'accouchement ne soit pas envisagé ou vécu comme une expérience traumatisante.
Écrit en collaboration avec les stagiaires QSF du CECI













