J'ai deux enfants, deux enfants en santé, deux enfants nés à terme. Mon premier est né à 38 semaines, l'autre, à presque 41 semaines. Durant mes grossesses précédentes, je suis restée active, j'ai travaillé, j'ai même fait de l'aquagym. Non, je ne suis pas de celles qui rayonnent de bonheur et qui aiment être enceintes, mais je suis passé à travers le processus sans trop de problèmes.
Puis, nous avons décidé d'en avoir un troisième...
Premier trimestre, non seulement je souffre de nausées, mais je suis malade. Au deuxième trimestre, aussi appelé les « trois mois glorieux », c'est loin d'être la gloire pour moi! Je n'ai aucune énergie, je traîne de la patte et, de temps à autre, j'ai un bon levé de cœur. Je travaille de la maison de peine et de misère et je suis épuisée juste à penser que je vais être seule la fin de semaine avec mes deux autres bambins (mon amoureux travaille les fins de semaine)... Je suis triste de ne pas avoir d'énergie - ni trop de patience - pour mes deux autres garçons. J'ai dû réengager une femme de ménage. Finalement, je me sens tout, sauf bonne maman et bonne ménagère.
J'ai finalement entamé mon troisième trimestre. Je suis arrivée à la 28e semaine, yééé! Lundi soir, j'ai repris la phrase célèbre de la navette Apollo 13 : « Houston, we have a problem! » Mon amoureux, anglophone, me répond : « What problem? » Et moi de lui dire, « Houston, we have contractions! » Et oui, sans le lui dire, j'avais calculé mes contractions de la dernière heure : j'étais aux quatre minutes. Ce n'était pas très douloureux, mais elles revenaient top chrono aux quatre minutes... Ce n'est pas toujours évident, car à 28 semaines, l'utérus n'est pas aussi gros, donc le durcissement est moins perceptible. Et puis, on se remet en doute : Est-ce seulement dans ma tête? Peut-être que ce sont juste les fameuses Braxton Hicks? Ce n'est probablement rien de grave...
Hop! Dans le bain et ensuite, au lit. Je me dis que ça va passer. Mais ça ne passe pas. Passé minuit, je me lève en catimini et j'appelle l'hôpital. Sans trop de surprise, on me demande de me présenter immédiatement. Je prépare un sac avec de la lecture et une brosse à dent, j'embrasse mes enfants en versant une petite larme (je commence à devenir émotive avec toutes ces contractions et ces hormones!) et je réveille mon amoureux pour lui annoncer mon départ. Pas question qu'il m'accompagne. Je tiens à ce qu'il reste avec les enfants. Et puis, je ne vois pas l'utilité d'être deux à passer une nuit blanche.
Branchée au moniteur, on me confirme que je suis en effet aux quatre minutes. On m'installe ensuite un soluté et on me garde sous observation pour la nuit. Le lendemain, on me donne mon congé avec quelques consignes : pas de longue route, pas de poids lourd, pas de course ou d'épicerie, pas de tâches ménagères, ni de lavage, pas d'escaliers, bref rien de fatiguant. Le bébé doit rester au chaud encore plusieurs semaines. Ses poumons ne sont pas à maturité et il est primordial qu'il passe encore du temps in utero.
Cette semaine là, j'ai appris le lâcher prise.... Lâcher prise sur ce que je ne peux faire, sur ce qu'on m'impose de ne pas faire. Lâcher prise sur les jouets qui traînent partout et la vaisselle sur le comptoir. Lâcher prise et ne pas culpabiliser d'allumer la télé beaucoup plus souvent pour les enfants au lieu d'aller jouer dehors avec eux. Accepter de demander de l'aide. Faire preuve de compassion envers mon chum qui se retrouve, du jour au lendemain, avec un double fardeau de tâches ménagères. Remettre ma liste d'épicerie à quelqu'un d'autre. Accepter de rester couchée l'après-midi, lors de contractions, même si mon cerveau hurle d'envie de s'activer.
Lâcher prise.... Je ne croyais pas que ça allait être si difficile. Si frustrant. Je me suis sentie lâche, incapable, exigeante, intransigeante, égoïste, coupable, faible. Je me sentais mauvaise mère et mauvaise épouse. Et puis, mon amoureux, avec ses yeux remplis de tendresse, est venu me réconforter et me dire que notre garçon était bien chanceux d'avoir une maman qui acceptait de lâcher prise pour lui, pour sa santé. Et que lui était bien chanceux d'avoir une femme qui s'occupait si bien de son fils, que c'était le plus beau cadeau que je pouvais lui faire et au diable les jouets qui traînent, la vaisselle et ce que les autres en pensent. Je ne sais trop comment il fait, mais il trouve toujours les bons mots.
Cette semaine, j'ai appris les rouages du lâcher prise. J'ai aussi appris à quel point j'étais privilégiée d'avoir un conjoint si exceptionnel à mes côtés. La grossesse, c'est un travail d'équipe. Je réalise à quel point j'ai une belle équipe. J'ai de l'appui afin de mettre toutes les chances de notre côté pour mettre au monde un enfant en santé. Et j'ai finalement accepté que je n'étais plus tout à fait maître de mon corps et que je devais accepter les limites de celui-ci.













