Ça devait arriver un jour.
Je ne vois que des poussettes, des bedaines et des annonces de couches. Quand je vais au restaurant, je n’écoute même plus Menou; je fantasme sur la madame avec ses trois enfants. Oui, oui, celle qui en bave avec sa plus vieille qui ne veut pas de champignons sur sa pizza, qui est débordée par le deuxième qui renverse son jus de raisin sur son chandail blanc de « Caillou » pendant qu’elle donne le sein au bébé qui lui déshabille l’autre sein pendant qu’elle tente de manger. Quelle vie de rêve!
Aahh! Une famille… Je suis prête pour la grande aventure!
Ce soir, Menou et moi feront LE choix. Ce soir, nous décidons de l’origine de notre enfant, rien de moins! L’annonce de l’infertilité nous a paralysé pendant deux ans mais, le désir d’avoir un enfant crie plus fort que n’importe quel bambin de deux ans dans sa pire crise du terrible two!
Pour nous, fonder une famille c’est plus qu’une question d’avoir un peu de plaisir sur le bord de la table de cuisine; trop facile et trop court! Il faut se questionner et prendre une décision à deux. La question à se poser : d’où, sur la planète, viendra notre enfant? On n’est pas sorti du bois! Avec Menou, il faut que je négocie pendant une semaine pour choisir la couleur du rideau de douche! Mais là, on n’a pas le temps de prendre son temps; j’ai 28 ans, zéro patience, les hormones dans le tapis et la fibre maternelle grosse comme un tronc de séquoia!!La seule chose dont on est certain, c’est qu’on va adopter. Yé! Une affaire de réglée! Mais ça, c’est un détail! Qui? Quand? Où? Comment? Sera-t-il Haïtien, Chinois, Russe, Québécois, blond, brun, blanc avec les bras noirs et les yeux bridés (qui sait où le métissage nous mènera)? Ce n’est que le début de la ronde des questions.
Avec un enfant bio, les parents ne se posent pas trop de questions. « Y va ressembler à son père ou à sa mère? » Moi, je suis certaine qu’il ne me ressemblera pas (il y a des fois où, le matin quand je me regarde dans le miroir, je me dis que c’est aussi bien de même!).
On pourrait décider d’aller en Russie se chercher un petit blond aux yeux bleus comme Menou. Mais moi, dans le fonds, je veux que ça paraisse qu’il est adopté! Un bridé, un bronzé, un frisé ou les trois. Menou apporte un bémol. Il ne le veut pas trop foncé, il ne veut pas le chercher trop longtemps si on manque d’électricité. On n’a pas le choix de se demander quelle couleur on le veut. À quel genre de racisme on est prêt à faire face? Est-ce que je veux que ma chinoise arrive en braillant parce qu’elle n’a pas réussi à l’école comme ce qu’on attendait d’elle ou est-ce que je préfère que mon petit noir revienne en braillant du parc parce qu’il s’est fait accuser d’avoir volé les caps de roue du skate board d’un ami?
Menou et moi avons un petit faible pour l’Asie. On mange déjà leur bouffe, on a déjà leur technologie; on aura donc un de leurs enfants! Avant d’adopter, je ne m’étais jamais demandée quelle sorte de Chinois étaient les plus beaux! Les Coréens, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Thaïlandais ou… les Chinois? Quel pays mérite que j’adopte son enfant? De quel pays suis-je digne de recevoir leur enfant? Avec quelle nationalité suis-je prête à faire des accommodements raisonnables?
Je veux un enfant de quel âge? Avec ou sans couches? Menou penche fortement pour l’option du plus de couche ET qui marche : « On peut faire bien plus d’affaires avec. Un petit bébé, tu fais juste regarder ça dormir! » Mais moi, je veux le regarder dormir, grandir, faire ses premiers pas, avec nous : « Je vais te le rendre autonome, puis quand il tondra le gazon, tu t’en occuperas! »Quel sexe? Une princesse ou un ninja turtle? Je veux que ça brasse ou je veux que ça braille? Ça, ça n’a vraiment pas d’importance! Un enfant en santé avec tous ses membres à la bonne place, c’est ça qui est important. Si j’avais le bonheur de fabriquer mes enfants toute seule, je n’aurais pas de contrôle là-dessus. Alors non, pas de décision à prendre là-dessus. Nous laisserons la vie nous surprendre!
Maintenant, LA grande question : Combien suis-je prête à payer? C’est quoi mon budget d’enfant? Je n’ai pas mis de l’argent de côté depuis l’âge de 16 ans au cas où je ne serais pas capable de procréer. Il va donc falloir emprunter. Mais une question me vient à l’esprit : si jamais je ne suis plus capable de payer, est-ce qu’ils viennent me le saisir? Je me dis qu’au moins avec un enfant asiatique, si on manque d’argent, on mangera du riz; y va se sentir chez eux!Argh! J’aimes pas ça faire ces choix-là. Oui, c’est excitant, mais en même temps, j’aimerais ça avoir une surprise! Il est où le temps où les cigognes laissaient un panier sur le bord de la porte?Puis, pour nous compliquer la tâche, en plus d’avoir à choisir notre enfant, il faut être compatible avec critères des pays. N’adopte pas qui veut… Ooooh! Non!Nous, on est soit pas assez riche, soit pas assez marié.Selon les pays, y faut être marié, des fois depuis 5 ans. Ou encore, avoir plus de 18 ans que l’enfant (Ça, ça a éliminé tout de suite l’idée de Menou d’adopter une Suédoise de 17 ans). Selon d’autres pays, il faut avoir un poids santé (véridique!) ou encore, un revenu familial de 55 000$ US. Moi, je ne leur en demande pas tant; je veux un bébé, pas trop poqué que je vais bercer, nourrir, aimer et accompagner tout au long de sa vie. Qu’est-ce que ça change pour eux que j’aie des grosses fesses? C’est confortable puis ça berce plus longtemps après tout!Ça, je ne le comprends pas. Les orphelinats débordent, ils n’ont pas de personnel, ils manquent d’argent et c’est mal administré (comme nos hôpitaux!). Pourquoi ils ne rendent pas le processus d’adoption plus simple, pour faire adopter plus d’enfants? Me semble que quand tu sais plus quoi faire avec ton stock, tu t’arranges pour t’en débarrasser…Une vente de feu, un marché aux puces, un deux pour un, un boxing day quoi!
En combinant leurs critères et les nôtres, le choix devient alors un « pas le choix » et, ce « pas le choix » pour nous, c’est le Cambodge. C’est pas trop cher, on est juste obligé d’être marié, le temps d’attente est raisonnable, le taux de change est bon et ils acceptent les grosses fesses.Un enfant Cambodgien… C’est enfin décidé! Je me précipite sur Internet pour voir des binettes du Cambodge. Aaah! Qu’ils sont beaux! Mon enfant sera Cambodgien. Je m’attelle alors à une recherche sur ce pays, qui sera un peu le mien quand j’en rapporterai une parcelle avec moi. Le temps d’attente est de 18 mois avant le grand voyage, incluant trois mois pour monter le dossier, se faire évaluer par un psychologue et… se marier. Un voyage à l’autre bout de la vie. Mon cœur est déjà enceinte.
Je ne veux pas écoeurer personne, et c’est pas parce que ce sera le nôtre, mais c’est nous autre qui aura le plus beau Chinois Cambodgien!













