En attendant bébé

Pourquoi recourir à l'induction?

Une grossesse dure normalement de 37 à 42 semaines. Et même si on n’en comprend pas encore tout à fait le comment et le pourquoi, il semble évident que c’est le bébé lui-même qui décide du jour de sa naissance. Par contre, dans certaines situations, l’accouchement sera «provoqué» par souci pour la santé de la mère, s’il y a des risques pour le bébé, et parfois malheureusement, comme on le verra plus loin, par convenance.

Mais quelles sont les «bonnes» raisons d’induire le travail? On peut citer entre autres : la haute-pression pouvant être un symptôme de prééclampsie, le diabète, maladies du rein, un bébé dont le développement ne se fait pas normalement, une diminution dans la quantité de liquide amniotique, ou en cas de décès intra-utérin où le travail ne se déclenche pas de façon naturelle. Dans ces cas-ci, les risques liés à l’induction du travail sont moindres que ceux liés à la continuation de la grossesse. (Ina May Gaskin, «Ina May’s guide to childbirth»)

Les médecins ont plusieurs outils pour essayer de déclencher le travail de façon artificielle. Dans les outils «mécaniques», on retrouve la rupture artificielle des membranes, l’utilisation de la sonde de Foley, et le Cervidil, un tampon qu’on insère au niveau du col  qui aura un effet «mécanique» mais qui est aussi imprégné d’une hormone synthétique aidant le col utérin à s’effacer et dilater. Bien sûr, si le col n’est pas suffisamment ouvert et «réceptif», ces méthodes ne pourront être utilisées. On se tournera donc vers des méthodes pharmaceutiques. 

Le choix de la médicamentation utilisée varie d’un médecin à l’autre. Certains préféreront débuter avec l’application d’un gel de prostaglandine qui aidera le col à «maturer». Parfois l’utilisation seule de ce gel sera suffisante pour entraîner des contractions et aucune autre forme de médication ne sera nécessaire. D’autres choisissent d’y aller directement avec de l’ocytocine artificielle, aussi connue sous les noms de Pitocin ou Syntocinon. Cette hormone à l’état naturelle est celle qui déclenche les contractions lors d’un travail spontané. Ici, elle sera donnée par intraveineuse, en petite dose au début, qu’on augmentera au besoin. 

Malheureusement, rares sont les méthodes qui ne posent pas de risques, autant pour la mère que pour le bébé à naître. La rupture artificielle des membranes peut entraîner une procidence du cordon ombilical, ce qui met gravement la vie du bébé en danger, en plus d’augmenter considérablement les risques d’infections à l’utérus. Les méthodes hormonales peuvent aussi causer de graves problèmes : l’ocytocine artificielle, mais aussi le Cervidil et le gel de prostaglandine,  peuvent causer l’hypertonie de l’utérus, ce qui veut dire que l’utérus n’arrive pas à se détendre totalement entre les contractions. Ceci a pour effet de diminuer la quantité d’oxygène qui se rend au bébé, le mettant en danger de détresse fœtale. En cas d’AVAC, ces hormones peuvent augmenter les risques de rupture utérine. Elles augmentent aussi les risques de jaunisse chez le nouveau-né. Il faut aussi savoir que ces méthodes d’induction ne sont pas infaillibles. Déclencher le travail alors que ni le corps de la mère ni le bébé n’y soient prêts, peut mener directement à la césarienne. Un chercheur d’un grand hôpital montréalais me confiait récemment que 28% des césariennes au Québec, sont dues à l’échec de l’induction. C’est énorme!

D’où l’importance d’éviter le plus possible de tenter une induction quand il n’y a pas de véritable urgence. Il est malheureux de constater qu’encore trop de médecins (et parfois de mères) soient si pressés de faire naître un bébé en pleine santé alors que la grossesse n’est que de 40 ou 41 semaines. Certains bébés ont besoin d’un peu plus de temps dans le ventre de leur mère, c’est tout.  Il faut savoir aussi que la façon de calculer la date prévue de l’accouchement n’est pas tout à fait exacte. On applique le même calcul à toutes les femmes, qu’elles aient des cycles menstruels courts ou longs. De plus, pas toutes les femmes n’ovulent au même moment durant leur cycle. Ce qui change tout! 

On propose aussi très souvent de déclencher l’accouchement quand on suspecte un bébé macrosomique, terme affreux pour désigner un bébé de poids plus élevé que la normale. Et pourtant. La marge d’erreur lors des calculs de poids du fœtus est assez grande. On voit souvent des bébés supposés macrosomiques naître avec un poids de 1 à 2 livres de moins que le poids estimé, si ce n’est pas plus! Pour ce qui est des bébés ayant un poids vraiment au dessus de la moyenne, plusieurs viennent au monde vaginalement et sans problème.

Alors, s’il n’est pas urgent de faire naître votre bébé, pourquoi ne pas laisser la nature faire son œuvre? Elle est si bien faite, qu’elle a réussi à créer ce petit être qui grandit en vous! Je vous souhaite une fin de grossesse sereine.

Fruits et Passion

Programmation : Quatral Solutions         Design graphique : Point de mire