Un coup d’œil sur l’homoparentalité au féminin
L’histoire que je m’apprête à vous raconter n’est pas celle d’un cas isolé. En 2009, la population semble prôner l’adoption d’une attitude révolutionnaire : certaines familles troquent la dinde de Noël contre un jambon, plusieurs églises québécoises sont recyclées en salles de spectacles ou en centres communautaires et les couples se préoccupent de moins en moins d’être mariés avant de concevoir un enfant. Apparemment, les traditionnels traditionalistes doivent se contenter de mordre la poussière. Toutefois, qu’en est-il de la tradition voulant qu’un papa et une maman soient les deux figures essentielles à une unité familiale épanouie? Au Québec, à l’aube du 21e siècle, la société conservatrice fait face à un nouveau phénomène : l’homoparentalité.
Comme le laisse deviner son nom, ce phénomène implique la présence de conjoints de même sexe dans le domicile familial. Eh oui, deux femmes qui élèvent ensemble un ou plusieurs enfants, c’est possible! Même si aucunes statistiques officielles n’ont été diffusées quant au nombre de parents homosexuels au Canada, il est possible de supposer qu’ils forment un groupe de taille considérable au sein de la population : en 2006, 45 300 couples homosexuels, avec ou sans enfants, ont été dénombrés au pays.
Parmi ces couples se trouvent Martine et Joanie (noms fictifs), deux mamans dans la quarantaine qui vivent une belle histoire d’amour depuis 10 ans. Au début de leur relation, quelques ajustements ont dû être faits en raison de leur rôle respectif de mère (Martine a trois filles et Joanie, deux fils). Les enfants de chacune étant très jeunes à l’époque (tous âgés de moins de 8 ans), le couple a choisi de ne rien leur dire. Pourquoi tenter d’expliquer à des bambins une réalité qui leur est absolument inconnue? Ils n’auraient probablement pas compris de toute façon. Aux yeux des enfants, Martine et Joanie étaient donc de bonnes amies qui cohabitaient et chez qui ils vivaient à temps partiel, en raison d’une garde partagée avec les ex- conjoints de ces dernières.
Toutefois, l’ignorance des enfants s’estompe avec l’âge. Environ quatre ans plus tard, les filles de Martine ont abordé le sujet avec elle et une discussion parsemée d’aveux s’en est suivie. Du côté des fils de Joanie, la situation a été à peu près la même, sauf que les garçons avaient discutés de leurs soupçons ensemble avant de les communiquer à leur mère. Une fois toutes les barrières tombées, Martine et Joanie affirment que l’adaptation à leur nouveau statut de conjointes a été rapide et facile pour tous les enfants. Certes, plusieurs discussions sur le sujet de l’homosexualité on pris place au cours des dernières années, mais elles étaient davantage de type informatif. Les deux femmes disent toujours avoir privilégié le bien-être de leurs enfants et encouragé ceux-ci à exprimer ouvertement leurs sentiments, leurs interrogations et leurs craintes face à la situation particulière de leur ménage. Dans le même ordre d’idées, Martine et Joanie n’ont pas remarqué de changements dans l’attitude des enfants de leur conjointe à leur égard. Qu’elles portent le titre de belle-mère ou celui d’amie de maman, les enfants les apprécient tout autant.
Aujourd’hui, la maison de Martine et de Joanie est toujours pleine de jeunes. En plus d’être animée par les vas et viens des cinq enfants, ou encore mieux, des cinq adolescents, la maison grouille d’amis les soirs et les weekends. Les deux femmes se disent heureuses de participer ainsi à l’épanouissement de leurs enfants.
Heureusement, Martine et Joanie ont pu vivre leur amour au grand jour sans jamais être victimes d’homophobie. « Du moins, si certaines personnes disent des méchancetés sur nous, nous ne sommes pas au courant et nous ne les côtoyons pas », s’exclame Martine avec une pointe d’ironie dans la voix. Cependant, ce ne sont pas tous les couples homosexuels qui peuvent affirmer avoir suivi un parcours sans embûches majeures. L’homophobie est une forme de discrimination très présente dans la société et elle constitue un obstacle de taille pour certains couples gais qui tentent d’affirmer leur différence.
Finalement, qu’est-ce qui différencie les mères comme Martine et Joanie des autres mères? Leur mode de vie? Leur attitude envers les enfants? De nos jours, si certaines mamans sont d’importantes figures politiques, des lieutenants des forces armées, des amatrices de poker ou d’horribles cuisinières, pourquoi certaines d’entre elles ne pourraient-elles pas être lesbiennes? Ce n’est pas peu dire, la diversité existe sous diverses formes…
De précieuses ressources
Plusieurs organismes ont été mis sur pied dans le but de soutenir les homosexuels et de contrer l’homophobie. C’est le cas, entre autres, de gai écoute, mais dans le cadre du présent article, c’est un autre organisme qui a su retenir mon attention : l’Association des mères lesbiennes du Québec. Fondée en 1988, il s’agit d’un groupe bilingue de mères et de mères en devenir lesbiennes qui a pour but de former une collectivité, d’échanger de l’information et de permettre aux membres de participer à des activités amusantes ensemble et avec leurs enfants. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que l’organisme a publié, aux éditions du remue-ménage, un livre pour enfants racontant une histoire qui tend à démontrer que le quotidien de plusieurs familles, bien qu’elles soient différentes, se ressemble beaucoup. Le livre en question s’intitule Ulysse et Alice et selon l’Association, il s’agit d’un outil précieux pour lutter contre les préjugés et la discrimination envers les mères homosexuelles.
Sources :
Statistique Canada, Recensement de 2006, Portrait de famille : continuité et changement dans les familles et les ménages du Canada en 2006 : résultats.
http://granquebec.com/psychologie-quebec/couples-homosexuels
http://www.aml-lma.org/fr
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