Et la femme dans tout ça ?

Réveillonner entre parents

Traditionnellement, Noël est une fête destinée aux enfants. Petit Jésus, sapins, cadeaux, cannes de bonbon, lutins et Père Noël animent l’imaginaire des tout petits. 

Alors peut-on envisager Noël sans eux? Noël peut-il être célébré autrement? 

Et si on réveillonnait exclusivement entre adultes consentants?

Lorsque j’habitais Paris,  j’ai découvert la fête de Noël avec un nouvel œil. Graphiquement déjà! Les images des babillards publicitaires de 3x4 m qui placardaient la ville,  affichaient plutôt tous des signes synonymes de luxe et de raffinement et où l’absence de maternité était évidente ou sous-jacente. Nulle part dans cette ville ne pouvait-on voir un personnage traditionnel de Noël, alors que les images de Veuve Clicquot millésimé et de brocart argenté abondaient. Paris vivait Noël sous l’effigie de la sensualité réservée au couple et adulte, de surcroit.  

J’avoue avoir facilement été séduite par la manière dont les français célébraient cette nuit magique. Fêter en couple,  et  loin des impératifs familiaux,  semblait procurer un plaisir incontestablement différent et  tout aussi féerique.

 Par tradition, la plupart d’entre nous fêtons la nuit de Noël tel que nous la fêtions lorsque nous étions petits. Nous couchons les enfants tôt après le souper. Peu avant 23 heures, nous réveillons et habillons nos marmots surexcités pour les trainer à la non moins traditionnelle Messe de Minuit, affirmant que cette sortie nocturne permettra au Père Noël de déposer les jouets sous le sapin. 

De retour à la maison, le Minuit Chrétien plein la tête, commencent le dépouillement de l’arbre, le déballage des cadeaux et une longue nuit de rires et de pleurs. Les embrassades, les câlins et les bisous fusent et les papiers d’emballage volent aux quatre coins du salon! Une fois la frénésie des échanges de cadeaux terminée, les joues pleines de crème et de caramel, les enfants épuisés, déambulent jusqu’à leur lit, sans doute un peu déçu de n’avoir pu terminer le montage de leur nouveau jouet, auquel il manque les 6 piles DD.

Nous parents, finissons la nuit,  heureux, fatigués, étourdis, la robe de soirée tartinée de mousse au chocolat, une Barbie dans une main et le dernier Transformer dans l’autre. Quel beau réveillon! Même si ces quelques heures de fête ont nécessité quelques semaines de préparation,  l’appareil photo est témoin de notre contentement.

À la vue de ce portrait familial typique, qui s’inscrit dans la mémoire collective,  nous avons décidé mon mari et moi, avec la venue des enfants, de fêter Noël différemment. En fait, nous préparons deux réveillons et célébrons la nuit de Noël en deux temps.

Des Anglais, nous avons adopté le dépouillement de l’arbre avec les enfants le 25 au matin,  et des Français, nous avons copié leur menu du réveillon!

Alors que faisons-nous pendant la nuit du 24? Et bien, nous réveillonnons tous les deux entre adultes, en amoureux, en amants.

Coupe de champagne frappé à la main, nous étalons le papier journal sur l’ilot de la cuisine et nous dégustons goulument des dizaines d’huitres fraiches que nous ouvrons à tour de rôle. Nous nous retrouvons tous les deux, dans un face à face complice,  à presser les citrons, à sucer les crustacés et à rigoler de notre allure de pêcheurs du dimanche. Nous troquons ‘’Les anges dans nos campagnes’’ pour un bon blues du sud et nous savourons la nuit sans l’ombre d’un enfant. 

En passant au salon, je m’émerveille à chaque fois du petit paquet qui a été déposé sous le sapin, juste pour moi et à l’avance par le Père Noël. J’attends impatiemment le moment ou je pourrai déballer le sac enrubanné que mon homme me tend avec beaucoup d’enthousiasme. Je ne sais jamais ce que ce cadeau contiendra, sauf que je sais qu’il  me faudra porter ce qui aura été si soigneusement enroulé dans le papier de soie. Petit déshabillé, porte-jarretelle, chaussure de pute ou soutif qui monte mes seins au firmament? Rouge, rose, noir ou blanc... bleu peut-être? Je déballe, tout emballée que je suis, contente de découvrir les centimètres de tissus qui sauront bien camoufler les centimètres de ma peau bientôt dénudée. Excitée comme une puce, je trottine vers la chambre pour aller me changer, recoiffer mes cheveux qui n’en ont pas besoin, ajuster ma taille sous mes mains pour mieux me dévoiler ainsi à mon Père Noël à moi! En m’assoyant sur ses genoux, je lui promets de ne pas avoir été aussi sage qu’il l’aurait souhaité et j’attends la suite qui s’annonce coquine! Comment puis-je me faire pardonner, il me faudra être bien gentille avec lui…!

Cette année, comme nos enfants sont maintenant trop grands pour aller dormir sans rechigner, nous avons décidé de partir quatre jours en famille dans un grand hôtel où ils auront une grande chambre et nous la nôtre. S’ils n’envisagent pas de se coucher tôt, le soir du 24, je vous assure que nous non plus! Nous ferons encore notre réveillon en amoureux! Et nous nous retrouverons tous ensemble, en famille,  comme notre tradition le veut, le 25 au matin, pour le dépouillement des cadeaux,  les yeux encore barbouillés du manque de sommeil, mais combien emplis d’amour!


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