Lorsque j'assiste à un spectacle, je suis généralement un excellent public: je suis prête à tout, volontaire, et on vient facilement me chercher. Pour ce qui est des grands événements de ma vie, je suis un public plus difficile. Inconsciemment, je dois attendre beaucoup de la vie.
Les classiques
Prenons mon mariage. Aux dires de tant de gens, ça devait être la plus belle journée de ma vie. Et ce fut parfait! Je ne me souviens pas de plus beau jour. Pourtant, je ne peux pas me résigner à lui désigner le titre de LA plus belle journée de ma vie, comme si ce titre anéantissait à tout jamais la chance d’en vivre une plus belle. Il doit y avoir plus à vivre!
Je me souviens de mon bal de graduation, qui s'est finalement avéré être une réception avec tous mes collègues étudiants endimanchés pour l’occasion. Ce n'est pas que ça devait être autre chose, mais je m'attendais à plus.
En fait, le seul événement de ma vie où le niveau d'émotion a été au niveau de mes attentes se trouve dans un événement inattendu: ma rencontre avec Mylove. Ouf! Cette émotion, elle est inoubliable. La vraie décharge! J'ajouterais même « comme dans les vues »!
Naissance
Puis est venue la naissance de mes filles. Trois bébés, deux accouchements… en moins de 25 mois. Ça a de quoi être trop pour un seul cœur... mais encore!
Comme j’ai imaginé cette première rencontre avec ma fillette! J'attendais que l'éclair zèbre mon cœur, comme Cupidon avait atteint le mien au premier regard de son papa. Et lorsque j'ai enfin pu tenir dans mes bras celle qui deviendrait mon aînée, la flèche a plutôt bifurqué... vers le cœur du paternel!
Alors que l’amour avec un grand A naissait pour Mylove, j’étais en état de choc de voir ce petit être que j'avais caressé via ma bedaine et que j'avais essayé tant bien que mal d'imaginer en scrutant les photos d'échographie. Je m'attendais à l'éclair, j'ai plutôt eu l'averse (bonjour baby blues!).
Mon ciel bleu avait une petite teinte de déception… pas de mon enfant, mais de ma réaction. Je savais que j’aimais ma fille, mais c’était comme si elle n’était qu’en visite. J’étais curieuse de la voir, pas trop à l’aise avec tout le côté technique de l’affaire (que de nouveauté!) et j’avais l’impression qu’elle allait repartir sous peu.
Je me suis demandée si ce n’était que ça l’amour maternel, celui qui est supposé diviser la vie en deux: celle d’avant et celle d’après avoir connu l’amour!
Révélation
Puis, un jour comme un autre dans notre quotidien, Nini a simplement mis ses petites menottes sur mes joues et m'a jeté un regard avec toute l'intensité que ses yeux gris pouvaient rayonner et j'ai réalisé combien j'étais en amour avec ma fille! Ce qui a créé mon étonnement au départ, c'est que je n'étais pas tombée d'un coup.
J’ai constaté que l’amour que j’éprouve pour ma fille n’est pas apparu le jour de sa naissance; c'est plutôt comme si je l’avais toujours connue, toujours aimée; comme j'ai toujours connu et aimé ma mère. Et cet amour s'est décuplé au fil du temps.
Prise 2
Pour ma deuxième grossesse, j'étais plus zen et je ne me faisais pas d'attente. Je me demandais plutôt si mon cœur était assez grand pour aimer à leur juste valeur ces deux petites à naître. Pourrais-je les aimer viscéralement comme j'aime leur grande sœur? La barre était haute.
Puis elles sont nées et l'histoire s'est à demi répétée. Le choc de voir concrètement deux bébés que j'avais dans le ventre exister pour vrai s'est bien pointé, mais pas de déception. Aucune. Je savais que j'aimais mes filles. Et j'ai essayé de ne pas attendre la révélation. Toute l'attention et l'amour qui m'ont enveloppée au long de cette grossesse se sont transférés sur ces deux petites princesses, tout naturellement.
Puis un jour, sans que je ne m'y attende, chacune à leur temps, elles ont fini par mettre leurs petites menottes sur mes joues et ont illuminé mon cœur en me souriant du regard. J'ai alors trouvé que la vie était bien faite après tout.
La vie n'est pas un film!
Quand j'y repense, l'émotion se pointe chez moi comme le rire est provoqué en humour: par quelque chose d'inattendu.
Je dois avoir vu trop de films! Ça adonne bien, car depuis mes bébés, je n'ai plus le temps d'aller aux vues! Le bonheur est à ma portée!
Mère - en simple et en double!













