La jasette

J'aurais dû, ben dû, donc dû...

Tout comme Richard Desjardins dans son Chant du Bum, je suis persuadée que j'ai manqué une mauzusse de belle occasion de me taire! Car, encore une fois, le Dieu vengeur qui punit les mamans vantardes a frappé chez moi... et il a frappé fort! Bon, vous vous demandez peut-être dans quel délire je suis encore en train de vous amener, alors je m'explique. Ce mois-ci, j'ai réalisé qu'il ne fallait pas, mais alors vraiment pas, jamais, sous aucun prétexte, dire que ça va bien avec nos enfants. Ça vous est d'ailleurs peut-être déjà arrivé : vous prenez un petit café avec une copine qui demande innocemment : « Puis, le p'tit dernier, est-ce qu'il a commencé à faire ses nuits maintenant? » Et là, en digne maman fière de sa progéniture, vous répondez, tout heureuse et inconsciente : « Ah oui! Ça va assez bien depuis quelques jours, je vais toucher du bois là, mais j'espère que ça va continuer comme ça... » Et voilà! Trop tard, le mal est fait, et ce, même si vous avez touché du bois (ou touché votre tête). Je l'ai essayé, ça ne marche pas! Vous allez arriver chez vous, vous allez coucher votre mignon... et il va vous réveiller en pleurs quelques heures plus tard! Le Dieu vengeur a sonné!

J'ai peut-être l'air un peu excessive dans mes propos, certaines diront même « Ça y est, elle est folle! Pauvre Marie, trop d'odeurs de couches et pas assez de discussions de bureau lui ont ramolli le cerveau! » Mais si vous saviez quel horrible mois j'ai passé (et en plus, c'était en février, le mois qui est déjà le plus horrible d'entre tous, ex-æquo avec novembre!), vous auriez un peu de compassion à mon égard...

Tout a commencé par une innocente chronique, rédigée pour l'édition de février, qui s'intitulait « Dodo 101 »... Eh bien! Toutes celles qui l'ont lue et qui ont trouvé que j'étais pas mal baveuse de me vanter ainsi que mes enfants font leurs nuits sans trop de difficulté, seront ravies d'apprendre que ça a cessé la semaine où l'édition fut en ligne! Comme ça, paf! Sans raison! Je couche bébé et il hurle, j'essaie de le flatter, de lui parler, de lui donner un beké-bobo chaud, rien à faire! Alors je le prends, le berce, l'endors, le recouche, ressors sur la pointe des pieds, souffle... re-hurle! Ahhh! Non! Qu'est-ce qui se passe?? Ça faisait plus d'une demi-heure que ce manège durait. J'en étais là, à bercer en me demandant ce qui pouvait bien aller de travers, quand j'ai réalisé que mon chum me regardait d'un air sournois... « Quoi?? », lui ais-je demandé de ma douce voix de SPM en quête d'une proie facile. Il se dandine, hésite en mesurant ses chances de survie s'il me livre le fond de sa pensée et doit conclure qu'il court plus vite que moi puisqu'il me crache enfin le morceau : « Bien, t'as voulu écrire que tes enfants s'endormaient facilement... » Et là, j'ai compris que le vrai fond de sa pensée résidait dans ces trois points de suspension... C'était clair, c'était limpide et ça voulait dire : t'aurais dû fermer ta gueule!

La semaine suivante, je parlais à notre charmante rédactrice en chef qui me racontait sa nuit éprouvante et interminable à l'urgence avec sa fille. Moi, non consciente de mon immense bêtise, je lui dis que je m'étais domptée et que je n'allais plus à l'urgence avec mes enfants! Quelques jours plus tard, je regardais mon mini-coco d'un œil inquiet... Il avait fait de la fièvre pendant cinq jours, j'étais allée le faire examiner par son médecin deux jours plus tôt et il n'avait rien de grave, mais là il était mal, très mal... J'examinais ses petits yeux fiévreux et sa poitrine qui creusait à chacune de ses respirations et j'ai compris : évidemment, j'allais me payer une petite visite à l'urgence! J'aurais dû m'en douter, j'avais encore une fois trop parlé et le Dieu vengeur avait frappé!

J'ai passé près de trois jours à l'hôpital entre des bébés qui toussaient à s'en cracher les poumons et d'autres qui se vomissaient les trippes. Les infirmières m'ont donc avertie : « Faites attention madame, la gastro est forte ces temps-ci. » Et l'inconsciente que je suis de leur répondre : « Bof! Ça ne m'inquiète pas trop, je ne sais pas pourquoi, mais la gastro ça ne pogne pas chez-nous... » Vous me voyez venir hein? En plein dans le mille : nous avons tous été malades, les uns après les autres, pendant une semaine et demie!

Ensuite, je suis retournée à l'hôpital pour faire le suivi des divers bobos de bébé et j'y ai rencontré des copines infirmières. On jasait de nos p'tits derniers en comparant leur évolution et j'ai encore une fois couru après le trouble : « Je ne sais pas ce qu'il a mon Filou, huit mois et toujours pas de dents... » « Plains-toi pas Marie, parfois, quand les dents tardent, elles sortent toutes en même temps et c'est l'enfer! » « Ah non! Je ne suis pas trop inquiète... Pour les filles, ça n'a jamais été trop difficile. Des fois, elles en perçaient même sans que je ne m'en rende compte! » Qu'est-ce que je fais en ce moment vous croyez? Ben oui! Je berce un bébé qui grogne en se mangeant rageusement le poing, il ne dort pas, il est maussade, il a les fesses rouges... deux belles dents qui pointent en bas... et il est deux heures du matin!

Alors j'aime mieux vous avertir tout de suite pour ne pas que vous soyez étonnés... Si vous me croisez au cours des prochains jours et que vous me demandez : « Comment ça va? », c'est sûr que je vais vous répondre : « Mal! Ça va mal! » Qui sait? Peut-être que, de cette façon, ça me mettra à l'abri du Dieu vengeur...

Fruits et Passion

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