La jasette

La fin des bisous

J'ai l'habitude de dire à la blague que mes enfants sont « nourris aux becs »! Je sais que les magazines pour enfants en ont récemment fait un débat et je suis désolée si ça en choque plus d'un, mais moi, des becs, j'en donne et j'en veux! Des bisous sur le nez, dans le front, sur les joues, dans le cou et même sur le bec! Mais ce n'est pas tout : je fais aussi des prouts sur les bedaines, je mange les petits pieds dodus et je grignote les oreilles. Chez nous, on se fait des massages, des flatouilles, des minouches et beaucoup de câlins... Souvent au grand désespoir de mon chum qui n'a pas été élevé dans ce genre d'effusions! Pourtant, je vois bien à quel point lui aussi apprécie ces petites marques d'affection qu'il reçoit par-ci par-là quand il met de côté ses airs bourrus de gars-qui-n'aime-pas-les-becs!

Puisque je n'ai jamais arrêté de bécoter ma maman et que j'aime encore qu'elle me fasse un gros câlin de réconfort quand je vis mes angoisses de femme et de maman, je croyais tout bêtement que mes enfants ne se lasseraient jamais de cette habitude eux non plus... Grave erreur!

Cette année, ma « grande » entre en deuxième année. Je n'ai jamais eu de misère à vivre les rentrées et elle non plus. J'ai la chance d'avoir une petite fille confiante qui vit très bien ces grandes journées : sans pleurs, sans craintes, avec bonne humeur et une pointe de fébrilité. Bref, le bonheur pour une maman puisque, grâce à cette belle force de caractère, je me dois d'être moi aussi digne et brave et je réussis même à ne pas pleurer!

En ce beau lundi d'août, je l'amène donc pour sa première journée pédagogique au service de garde, qui constitue en fait son retour officiel à l'école. En traversant la cour, elle est tout heureuse d'apercevoir ses copines qui lui réservent un bel accueil. Je presse sa main, lui fais un grand sourire, je me penche pour la prendre dans mes bras et l'embrasser et là... Vlan! Elle se dépêche de retirer sa main de la mienne et se colle contre le mur pour éviter qu'on nous voie. Incrédule, je la regarde en cherchant à comprendre ce qui se passe.

En fait, je ne peux pas croire que ma fille, celle qui aime tant les bisous, qui passe son temps à se plaindre que je la colle moins que les petits, qui veut continuer à se faire prendre même si elle pèse une tonne, que cette fille-là ne veule plus de câlins! Elle me regarde avec un sourire en coin et me dit d'un ton exaspéré de pré-ado : « Bin là! Maman, il faut que tu arrêtes de me donner des bisous devant mes amis, je ne suis plus une p'tite de première cette année, j'ai commencé à être grande! » Le pire dans tout ça, c'est qu'elle a l'air de se trouver bien drôle, et que moi, je me sens comme une petite fille qu'on vient de prendre en faute!

Deux ans à réussir à retenir mes larmes et j'ai failli flancher devant une fausse-grande qui m'interdit de l'embrasser... Savez-vous ce que j'ai fait? Je lui ai fait une grimace, je l'ai attrapée, renversée comme dans les films, je l'ai chatouillée et bécotée jusqu'à ce qu'elle crie grâce entre deux « Beurk, maman! » D'accord, je n'ai pas respecté sa volonté. D'accord, j'ai envahi son espace vital. D'accord, j'aurais pu la ridiculiser aux yeux de ses copines. Mais vous savez quoi? Elle a aimé ça, moi aussi et j'ai vu dans les yeux des copines que certaines auraient bien aimé avoir des bisous comme ça!

À la fin de la journée, pour me rattraper, j'ai fait un deal avec ma fille : bisous le matin, bisous en revenant le soir et je vais essayer de m'abstenir à l'école... En disant cela, j'ai vu dans ses yeux qu'elle ne m'en croyait pas du tout capable! Après avoir échangé notre poignée de main de bonne entente, elle m'a dit : « Tu sais maman, j'aime mieux une mère qui donne plein de bisous qu'une mère qui n'en donne pas du tout. Alors, si tu n'es vraiment pas capable de t'en empêcher, tu peux continuer de m'en donner de temps en temps devant mes amis, je crois que ça va être correct! » Fiouuu!

Fruits et Passion

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