La jasette

La maternité, ce n'est pas toujours rose

Lorsqu'on entend parler de la maternité dans les médias, ceux-ci ne nous présentent que le côté positif. Les femmes sont sensées être pleinement épanouies par leur grossesse, adorer porter leur enfant dans leur ventre, le mettre au monde et l'allaiter. J'ai toujours voulu des enfants. Mon bonheur a donc été à son comble lorsque j'ai découvert 2 lignes roses sur le test de grossesse un beau jour du mois de mars 2006. Ce bonheur a toutefois été de courte durée soit 2 semaines, c'est-à-dire le temps qui s'est passé entre cette fameuse journée de mars et le début des maux de cœur. Quel ne fût pas ma déception! Être enceinte n'était finalement pas une partie de plaisir. Toutes ces femmes qui m'avaient affirmé être bien dans leur peau, m'avaient-elles menti? Ou bien étais-je la seule dans cette situation? Bien sûr que non, j'ai vu ma sœur vivre la même chose par 2 fois dans les années précédentes. Est-ce que nous avions un problème de génétique?

J'ai mené ma grossesse à terme sans gros problèmes de santé, mais accablée d'une immense fatigue, souffrant de maux de jambes, de maux de cœur, de reflux gastriques, d'insomnie, alouette!... Mon médecin a fini par me signer un arrêt de travail après 31 semaines de grossesse et elle m'a suggéré d'accepter le fait que pour moi la grossesse, ce n'est pas plaisant et que je n'aimais pas vraiment être enceinte. Une vérité très difficile à accepter de nos jours. Depuis le début de ma grossesse, je vivais un sentiment de culpabilité face à mon état. Comment faire pour me sentir épanouie alors que je me sentais si mal. Dans mon corps, la grossesse était synonyme de maladie. L'idée d'avoir un enfant me rendait heureuse, mais les sensations physiques que j'éprouvais n'étaient pas plaisantes du tout. J'ai mis plusieurs semaines à l'accepter sans toutefois le proclamer haut et fort. 

Ma fille est née un beau matin de novembre après 25 heures de travail dont 5 heures de poussées. Une torture à mes yeux. J'ai compris le mot « délivrance » à ce moment-là. Une femme m'a dit par la suite qu'elle voulait tellement que son bébé naisse qu'elle n'avait poussé que 45 minutes...comme si moi j'avais pris 5 heures pour faire durer le plaisir! Je n'avais éprouvé aucun plaisir dans cet exercice et la poussée n'avait pas soulagé mes douleurs comme elle le fait pour la majorité des femmes selon le médecin. Encore une chose que je n'avais pas réussi à faire comme les autres.

Évidemment, l'allaitement a été dans le même ordre d'idée. J'ai dû tirer mon lait pendant 5 semaines avant d'être capable d'allaiter ma fille sans trop de douleurs. J'ai vu des spécialistes des quantités de fois et ils ont examiné mes seins sous toutes leurs coutures pour finir par me dire que je souffrais d'un vasospasme atypique, raison pour laquelle le diagnostic avait été si long à obtenir. J'ai eu droit à une petite pilule qui n'aidait pas du tout à améliorer mes seins et me donnait des vertiges. Trois séances d'acupuncture et tout est finalement rentré dans l'ordre.

Je pouvais enfin être une mère comme les autres. Mais malheureusement, j'étais demeurée très fatiguée de ma grossesse et de mon accouchement. De plus, les trop courtes nuits de ma fille ne m'aidaient pas. Je ne pouvais pas dormir le jour non plus, puisque la seule façon de permettre à mon bébé de s'endormir était de le promener en poussette. Difficile de dormir en marchant! Ma fille a eu de grosses poussées de croissance durant les 3 premiers mois et le retour à la normale de mes hormones m'a ramené des maux de cœur pendant 1 semaine. J'ai fini par me sentir dépassée par les événements. Je ne mangeais ni ne dormais presque plus et un rien me stressait. Un matin, j'ai réalisé que si je ne faisais pas quelque chose pour améliorer ma situation, j'allais tout droit vers la dépression, ce qui ne me tentait pas du tout! J'ai donc demandé de l'aide. Ma mère est venue passer 1 jour par semaine avec moi, le regroupement Les Relevailles m'a envoyé une aide-maman et je suis allée voir une psychologue pour apprendre à gérer mon stress. Additionné au soleil du printemps, j'ai senti le bien-être revenir petit à petit.

Ma fille a fait « ses nuits » à 17 mois. Entre temps, nous avons décidé que je resterais à la maison pour m'en occuper. Que de plaisirs et de gratification elle peut m'apporter. Ce n'est pas facile tous les jours, mais les belles journées sont beaucoup plus nombreuses que les mauvaises. J'accepte maintenant sans peine ce par quoi je suis passée et je n'ai aucune honte à en parler. Je n'ai pas aimé être enceinte, je n'ai pas aimé mon accouchement, les première semaines d'allaitement ont été difficiles et j'ai passé très près de la dépression post-partum. Ma cocotte a maintenant 23 mois et je suis à nouveau enceinte de 6 mois. Cette deuxième grossesse n'est pas toujours plaisante, mais je prends les journées une à la fois. Comme je ne suis pas retournée travailler, je peux faire la sieste en même temps que ma fille lorsque je suis trop fatiguée.

Chaque femme qui vit sa maternité plus difficilement ne devrait pas avoir honte de le dire ni ressentir de culpabilité. Maintenant, lorsque je discute avec une autre mère, j'écoute, je lis entre les lignes et je sais que je ne suis pas une exception.


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