Il était une fois une jeune cuisinière qui venait de rencontrer un cuisinier. Ils passèrent d'innombrables nuits à faire la cuisine et un beau matin, alors qu'ils se retrouvent avec un petit pain au four, le cuisinier décide de prendre la poudre d'escampette...
Ah! La poudre d'escampette. Un petit ingrédient qui a donné une tout autre saveur à la recette de la vie de certaines dont le plan était, jusque-là, bien défini.
Vous savez ce que c'est que d'avoir vingt ans et d'être prête à plonger dans la vie comme on plonge le visage dans un gâteau au chocolat à son premier anniversaire? Commencer sa carrière, louer son premier appartement en ville, sortir avec les copines et rêver, dans une dizaine d'années, d'avoir rencontré l'Homme, d'avoir sa maison en banlieue et une progéniture plus ou moins nombreuse qui gambade entre les hostas et la piscine dans la cour arrière. C'est notre plan, LE plan, et ça se passera comme ça. Parce qu'à vingt ans, on ne sait pas encore que la vie, ça ne se passe pas toujours comme on le voudrait. Et à vingt ans, quand on se retrouve devant un test de grossesse positif sur le comptoir de la salle de bain et pas d'homme pour fixer le + avec nous (et encore moins pour s'en réjouir), y a un petit bouton panique qui s'emballe et LE plan semble tout à coup s'effondrer à un rythme fulgurant.
J'avais vingt-deux ans, un pied seulement dans le grand monde du travail, un 2 ½ sur le Plateau et je gagnais un salaire à peine suffisant pour une jeune célibataire de mon âge. Ajoutez à ça un bébé et vous ouvrez la porte à un dérapage difficilement contrôlable. Mais, égo sous le bras, je fis un boomerang de moi-même pour envahir le sous-sol de la résidence familiale et m'y faire un nid. Un petit cocon fait de couchette achetée à rabais et de layette-reçue-de-la-cousine-qui-a-accouché-l'année-d'avant, mais cocon quand même. Confortable, mais pas trop. Juste assez pour me permettre de retrouver mon équilibre et finalement voler de mes propres ailes, un petit rouquin en plus dans mes valises.
Attendre un bébé, c'est les nausées, la fatigue, les seins douloureux, les envies soudaines de crème glacée triple chocolat ou de Pogo trempés dans la confiture de fraises. Attendre un bébé toute seule, c'est n'avoir personne à qui se plaindre de nos seins douloureux, c'est la fatigue puissance trois à force de nuits passées debout à tenter de calmer ses angoisses. Attendre un enfant seule, c'est devoir s'habiller soi-même au milieu de la nuit pour répondre à nos rages de bouffe et c'est aussi n'avoir personne pour nous tenir la tignasse quand les nausées font remonter les envies soudaines de crème glacée triple chocolat ou de Pogo trempés dans la confiture de fraises...
Mais attendre un bébé toute seule, c'est éprouver de la fierté à l'idée d'entreprendre une si belle aventure comme une grande fille. C'est profiter égoïstement de ces petits moments de grâce où bébé a le hoquet ou fait la culbute. C'est être la seule à pouvoir sentir les caresses faites du bout des doigts de ce petit être en devenir. C'est pouvoir organiser un weekend entre copines pour peinturer les murs de la chambre de la couleur de son choix, sans avoir à discuter pendant des heures avec quelqu'un qui veut absolument un thème de Winnie l'Ourson alors qu'on préfère les escargots...
Une grossesse reste une grossesse, à la différence que de la vivre en solitaire nous oblige à sortir de notre coquille pour aller chercher un peu d'aide et de support autour, parce que ça ne vient pas en kit, comme quand on vit en couple. Et le réseautage est certainement un gage de survie (et de santé mentale) pour les années à venir. Il faut savoir bien s'entourer afin de pouvoir s'organiser.
À première vue, on pourrait croire que la poudre d'escampette a tout pour donner un petit goût amer à la vie. Mais à bien y penser, quelle différence avec le piment d'espelette?
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