J’ai une recette infaillible pour éviter la déprime de novembre : pour une deuxième année, c’est le mois désigné pour procéder à un nouveau lancement de livre...
Dans quelques jours, mon nouveau roman se retrouvera sur les tablettesde toutes les librairies du Québec! Comment vous décrire l’état d’euphorie dans lequel je me trouve? J’ai l’impression d’accoucher de mon troisième fils tellement l’excitation est grande...
Excepté que celui-là a été en gestation durant près de deux ans avant de se montrer le bout du nez.Que d’heures passées devant mon ordinateur à rédiger, corriger, réviser et recommencer! J’ai mis autant de soin à mettre ce bouquin au monde que j’en ai mis à élever mes enfants.
J’anticipe avec plaisir l’effervescence qui suivra l’offensive promotionnelle : des dizaines de critiques littéraires, de journalistes et d’animateurs de la province seront contactés pour laisser savoir à toute la communauté littéraire qu’un nouveau roman vient de paraître et qu’il faut absolument le lire ou l’emballer pour le mettre sous le sapin.
Évidemment, je souhaite que cette opération provoque une onde de réactions dans les médias et que fusent les demandes d’entrevues durant des semaines! Et les enfants dans tout ça? Quoi les enfants?Eh bien... ils ont vieilli. Ne sont-ils pas presque adolescents tous les deux? Ne peuvent-ils pas se passer de ma présence? Vraiment... et si je me trompais? Mon fils de onze ans me disait que, cette semaine encore, il avait vu sa mère soit clouée devant son ordinateur, soit à la course pour préparer les repas et s’occuper des activités de la famille, ou soit trop fatiguée pour jouer avec lui… Un grand coup dans les dents de la mère parfaite! J’ai eu beau quitter mon emploi pour être une mère à temps plein durant des années et, ensuite, entreprendre une carrière d’écrivaine dont l’horaire s’adapte à celui de ma famille, me voilà en conflit d’intérêts avec mes enfants!
C’était la raison précise qui avait fait pencher la balance en faveur de mon choix d’être une mère à la maison : éviter le conflit entre mes intérêts professionnels et ceux de mes enfants.Me revoilà à la case départ.Le concept de la superwoman qui peut arriver à tout faire m’a fait douter du bien-fondé de ce choix durant plusieurs années. Personnellement, j’ai réussi à tout faire, mais pas tout en même temps. Le fait de prioriser d’abord ma vie personnelle et ma carrière avant de me consacrer exclusivement à mes enfants porte désormais un nom aux États-Unis : le sequencing (en séquence).
Cette tendance, pourtant à la hausse chez les Américaines, ne semble pas en augmentation au Québec ni au Canada. Si j’avais persisté à vouloir essayer de tout concilier, j’aurais dû me contenter de résultats médiocres, tant dans l’avancement de ma carrière que dans ma relation avec mes enfants. Quand on n’arrive pas à se décider entre le cinéma ou le resto, on s’endort avec des brûlements d’estomac à cause des nachos et du popcorn! Alors, qu’est-ce que je fais du conflit d’intérêts qui refait surface?
Évidemment, il est accompagné de son alliée inséparable : la culpabilité. C’est elle qui me fait douter du bien-fondé de mes décisions. Je sens pourtant que le balancier revient de mon côté, m’indiquant qu’il est temps de prioriser à nouveau mes intérêts sans délaisser totalement ceux de mes enfants. Ma mère a raison : le plus dur dans la vie, c’est de laisser partir ceux qu’on aime. Il faut pourtant que je leur lâche un peu la main si je veux qu’ils découvrent la route de leur avenir. Je me réjouirai plus tard d’en avoir fait des êtres autonomes et je me féliciterai alors d’avoir découvert le monde fabuleux de l’écriture. Je sais que les années investies dans notre relation ont contribué à augmenter leur confiance en eux.
C’est un cadeau formidable à leur offrir, même si on ne peut pas l’emballer et le déposer sous le sapin. Je vous laisse, j’ai un autre roman à rédiger et je voudrais me garder un peu de temps pour jouer avec mon petit dernier
Maman à la maison et écrivaine













