La jasette

Le retour des talons hauts

Ça fait maintenant un mois que j’ai recommencé à travailler. Après 39 belles semaines de congé (j’en ai donné une à mon chum, on ne pourra pas dire que je suis cheap) durant lesquelles je n’ai pas fait grand-chose à part allaiter et m’occuper de mon bébé, le retour à la réalité a été assez brutal. Bien sûr, avant d’accoucher j’avais de beaux projets pour occuper tout ce temps. Sauf qu’en fin de compte, je suis forcée d’admettre que j’ai pris ça pas mal mollo et que je n’ai pas été très productive… La preuve : je me suis mariée enceinte et un an plus tard, je n’ai même pas fait mes cartes de remerciements… c’est grave! Par contre, je peux me vanter de m’être trrrès bien occupé de mon bébé, c’est l’essentiel, non?Mais là, finis la belle vie, les siestes et les journées passées en jeans et en running shoes : c’est le retour des jupes, des bas de nylon, des souliers à talons hauts qui font mal aux pieds et de la corvée de maquillage et de coiffage… 

Je ne peux pas dire que ça me manquait vraiment tout ce trouble pour avoir l’air d’une jeune-professionnelle-à-qui-tout-réussit. Quoique, ça me réconforte lorsque je surprends mon chum à me regarder d’un œil allumé le matin quand je descends de voiture… Faut croire que lui ne s’ennuie pas de mon look de maman-à-la-maison-qui-ne-s’arrange-pas-trop-et-qui-sent-le-régurgit, parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas eu autant de becs dans le cou!
La veille de mon retour, j’ai eu du mal à m’endormir. Je me sentais comme une petite fille qui appréhende son entrée à l’école. J’étais donc un peu vaseuse lorsque le cadran a sonné à 6 h 30. Puis, j’ai réalisé que c’était le grand jour. Je suis allée chercher mon trésor et je l’ai amené dans le salon pour l’allaiter. Quelques minutes de bonheur et de calme… J’ai regardé le jour s’éclaircir (tu parles d’une heure pour se lever!), le doux visage de ma puce qui tétait, les yeux à demi clos et une grande tristesse m’a envahie. Ah non! On est pressés, pas le temps de brailler! J’essuie mes larmes, j’essuie sa bouche… et ça commence! Sort le linge de la grande, réveille la grande et enjoint la grande à s’habiller, choisit le linge de la petite, déshabille la petite, change la couche, habille la petite - Anaïs, arrête de parler et habille-toi! Mets une toast dans le grille-pain, sors le Pablum, prépare le Pablum, beurre la toast, verse le lait - le tout d’une seule main en brassant le bébé de l’autre. Installe la petite dans la chaise haute - Anaïs vient manger! Nourris la petite - Anaïs, arrête de jaser et mange, on va être en retard! Bon, mon chum sort enfin de la douche et je peux lui passer le relais… Je cours m’habiller, puis un saut à la salle de bain pour une mini-mise en beauté. Après tout, c’est ma première journée alors il ne faut pas que j’aie l’air trop puckée!C’est déjà l’heure de partir et je n’ai même pas eu le temps d’avaler une gorgée de café! 

On embarque les filles dans l’auto et on fonce à la garderie. On prend chacun une fille et on court vers son local. Bien sûr, je n’ai pas oublié les doudous fraichement lavées, les vêtements de rechange et les biberons de la petite, le tout bien identifié! Je lance quelques recommandations (superflues) sur le bord de la porte, je retourne embrasser mon bébé, j’embrasse ma grande qui est encore en train de jaser en se déshabillant (quelle surprise!) et je descends les escaliers au pas de course… en reniflant! Merde! Pourquoi j’ai mis des souliers à talons hauts ce matin? Je remonte dans l’auto et j’essaie d’éviter de regarder mon chum parce que j’ai le cœur gros. « Ça va? » me demande-t-il de sa voix de papa-parfait. J’éclate : « Je ne veux plus y aller! », je sais que ma plainte ressemble à celle d’une petite fille, mais c’est plus fort que moi. Au moins, mes larmes restent dans mes yeux alors je ne gâche pas mon maquillage… je suis juste un peu morveuse!
Arrivée au bureau, j’ai droit à un bel accueil, plein de sollicitude : « Ça va? ». Non, ça ne va pas, je m’ennuie déjà! J’ai l’air d’être en deuil. Je n’y avais pas pensé en m’habillant, mais je suis tout en noir aujourd’hui… pas très gai! Bon, les priorités : tout d’abord, mettre les photos de mes deux cocottes en fond d’écran. Ensuite, lire mes courriels et la liste des projets en cours afin de me remettre dans l’action. Puis, la réunion du lundi matin… j’avais oublié ça. J’essaie de me concentrer sur ce qui se dit, mais mon esprit est ailleurs. Je me demande si la petite a pleuré quand je suis partie. J’espère qu’elle aura assez de lait, il me semble que 4 oz. c’est pas assez, il va falloir que j’en parle au pédiatre. J’espère qu’elle ne trouvera pas la journée trop longue. Je ne sais pas si elle va moins m’aimer après toute une semaine de garderie. Merde! J’ai déjà mal aux pieds, mais pourquoi j’ai mis ces souliers-là? « Marie, as-tu des questions? » « Euh, non, non, ça va, juste le temps de reprendre le beat... »Mon verdict après un mois : ça va. 

Évidemment, il y a plus d’action, je dois m’organiser davantage, faire ce que les mères font : cuisiner la fin de semaine, faire des brassées le soir, laver la vaisselle à mesure et me coucher avant onze heures... Ce n’est pas toujours facile et il m’est parfois arrivé de me dire que je n’y arriverais pas - surtout le soir lorsque je reviens de la garderie, à pied, avec le bébé qui chigne dans mes bras parce qu’elle a soif et ma grande qui boude à côté parce qu’elle a faim -, mais ça va. Je commence à m’y retrouver au travail, je redeviens efficace, je m’habitue à mes routines du matin et du soir à la maison avec les filles… et mes ampoules aux pieds commencent à guérir!
Par contre, une chose est sûre : je ne suis pas une mère parfaite et je n’essaie même plus de me convaincre que je pourrais le devenir. En un mois, on a mangé beaucoup de resto et de plats prêts à servir, je me suis couchée quelques fois sans même me démaquiller (je sais, ça fait vieillir!) et j’ai même couché ma fille plus tôt en mentant sur l’heure qu’il était. J’ai aussi couché le bébé tout habillé une couple de soirs parce que je ne voulais pas qu’elle se réveille en lui mettant son pyjama, j’ai dit à ma grande qu’elle pouvait sauter un bain parce qu’elle n’était « pas vraiment sale » et j’ai souvent joué au jeu « on fait silence le plus longtemps possible » pendant que je préparais le souper… 

Mais ça va, je vais y arriver. J’aime encore mes filles, même si j’ai souvent moins de patience le soir… et elles semblent m’aimer encore malgré tous mes défauts. En plus, il ne faut pas oublier le bon côté dans tout ça : mon chum me trouve plus sexy que jamais et j’ai finalement réussi à perdre mon petit restant de bedaine de grossesse que je trainais depuis huit mois… Yé!
 


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