La jasette

Les adolescents sont des homards

C’est à ces crustacés que la psychanalyste Françoise Dolto compare les adolescents, faisant ici référence à la période où ils perdent leur carapace, se retrouvant alors dans un état de grande vulnérabilité. Nous, parents et crustacés en chef, assistons alors à une véritable explosion d’angoisses existentielles…

Et oui, ça y est, notre grande vient de franchir les portes du secondaire!

Mais OUF et REOUF!... Sommes-nous les seuls parents à avoir trouvé la rentrée au secondaire aussi épuisante?! Notre fille, habituellement peu exigeante, s’est mise à trépigner pour toutes sortes de choses auxquelles, ni elle ni nous, n’accordions d’importance auparavant.

—Maman, j’peux pas aller au secondaire avec des jambes pleines de poils, pourrais-tu m’emmener chez l’esthéticienne?

—Ben, voyons, t’as 12 ans! Exagère pas chérie, on les voit à peine…

—(LARMES) J’ai pas envie d’être la seule à ne pas avoir les jambes rasées, on va rire de moi…

—Es-tu en train de me dire que toutes tes amies se rasent?

—Oui, Sarah, elle s’épile avec de la cire, Sandrine, comme elle a peur d’avoir mal, elle se rase… STOP!!

Avant de subir la description, beaucoup trop exhaustive à mon goût, de l’état pileux des jambes de toutes ces jeunes filles, j’ai abdiqué, pensant ainsi ramener ma fille à un poil du bonheur. Que nenni! En fait, ce fut le début d’une longue chevauchée vers le conformisme aux diktats du secondaire. Pour les parents qui ne le sauraient pas, avant de rentrer au secondaire, une jeune fille dans le coup doit avoir des jambes soyeuses, des ongles d’orteils fraîchement pédicurés(deux couleurs, c’est plus in!), une chevelure différente (des mèches, c’est plutôt cool), une peau sans rougeurs ni boutons (facial obligé), des vêtements simples, mais avec une touche de fantaisie (du zébré par exemple), une boîte à lunch-sacoche, un sac d’école qui ne doit pas en être un vraiment… Et tout le long de ce pèlerinage vers le secondaire, mon mari et moi nous demandions sans cesse qui avait érigé ces règles si précises. Notre fille nous menait-elle totalement en bateau ou étaient-ce vraiment les incontournables d’une rentrée au secondaire réussie en 2010?

La réponse se fit d’elle-même le jour J. Nous ne saurons sans doute jamais qui fut l’instigatrice (entre nous, ça ne peut être qu’une fille!) de tout ce protocole, mais ce matin-là, nous pûmes voir une dizaine de jeunes filles, toutes fraîchement manucurées, pédicurées, zébrées, rasées, une chevelure remarquable, une peau sans imperfections, des boîtes à lunchs-sacoches toutes identiques, des sacs d’école sans en être vraiment… Bref, toutes prêtes à vivre leur unicité dans le réconfort du conformisme!!

Françoise Dolto explique que les homards, lorsque vient le temps de perdre leur carapace, se cachent derrière des rochers pour éviter les prédateurs éventuels, et ce, jusqu’à ce que leur nouvelle carapace se forme . Il est vrai que le parallèle avec nos adolescentes se dessine, car quand on y pense, les manucures, les boîtes à lunchs-sacoches et tout ce qui vient avec, ce sont leurs rochers à elles. Se protéger, se camoufler, ne pas se faire remarquer, être comme tout le monde pour mieux être ELLES un jour… Le temps d’avoir reconstruit leur carapace.


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