La jasette

L'histoire de nos conversations...

Mon conjoint est parti en voyage d'affaires pour presqu'une semaine dernièrement. Après seulement quelques jours, j'avais déjà très hâte qu'il revienne. Je m'ennuyais de lui et je trouvais que nos rares et trop courtes conversations téléphoniques n'étaient pas suffisantes. J'avais l'impression d'avoir tellement de choses à lui dire!

Quand il est finalement revenu, il m'a raconté son voyage, ses rencontres, ses bons coups, ce qu'il a vu et mangé. Il en avait long à dire et moi à écouter. Quand fut venu mon tour de lui raconter ma semaine, bizarrement, je n'avais pas grand chose à dire. Rien de bien croustillant ni même un tant soit peu passionnant. Après avoir raconté ce que les enfants avaient fait et dit, lui avoir montré quelques dessins et photos, je n'avais plus rien à dire. Je n'étais tout de même pas pour lui raconter ce que j'avais lu sur tel ou tel blogue? Ni lui parler d'allaitement, de couches lavables ou de porte-bébé, sujets qui pourtant prennent beaucoup de place dans mes journées...

Ça m'a frappée, à quel point nos conversations avaient changé avec le temps. Nous sommes ensemble depuis 13 ans. À nos débuts, nous parlions cinéma, histoire, phénomènes paranormaux et litérature. Nous parlions de nos rêves, de ce que nous voulions faire quand nous serions "grands". Nous avons évolué, changé, grandi. Nos conversations aussi. Nous avons commencé à parler de travail, de budget, de vacances. Et, éventuellement, d'enfants. Et quand ces enfants sont arrivés, ils sont devenus non seulement le centre de nos vies, mais celui de nos conversations aussi. La grande majorité de ce qu'on se dit tourne autour des enfants. Ce qu'ils ont fait dans la journée, les trucs rigolos que notre bonhomme de 3 ans a dit, les progrès de notre petit dernier, nos façons d'aborder les crises, le manque de temps, le manque d'espace. Nous parlons souvent de notre fierté, de l'amour que nous portons à nos deux garçons. Nous discutons de nos valeurs familiales, de notre façon d'élever nos enfants et de nos angoisses de parents. Nous parlons encore de nos rêves, mais ils incluent maintenant nos mousses (et aussi plus de sommeil). Nous parlons presque tout le temps de notre nouvelle réalité: notre famille.

Exit les conversations philosophiques et littéraires. À moins que ce ne soit pour discuter de la morale du dernier Dora ou pour se rappeler de rapporter les livres à la bibliothèque! C'est peut-être moins stimulant intellectuellement, mais avec le manque de sommeil et l'absence d'événements rocambolesques dans mon quotidien, je dois dire que je file rarement pour avoir des discussions existentielles. Alors, quand je n'ai rien à dire, je parle des enfants! Les sujets sont toujours nombreux avec eux.

Malgré tout, je trouve parfois dommage de ne plus avoir de longues discussions à propos de tout et de rien avec mon homme. Je m'ennuie d'avoir quelque chose à lui raconter à la fin de la journée, autre que ce que les enfants et le chat ont fait de la leur. Ça me manque un peu d'avoir un quotidien moins routinier que celui d'une maman à la maison. Mais d'un autre côté, entre raconter à mon conjoint ce qu'une de mes collègues (qu'il ne connaît pas) a dit dans le dos d'un autre collègue (qu'il ne connaît pas non-plus) et lui raconter les petites chicanes de jouets de ses enfants (qu'il connaît et aime par-dessus tout), le choix n'est pas difficile à faire. Car au bout du compte, ce qui peut sembler ennuyeux vu de l'extérieur ne l'est pas toujours lorsque vu de l'intérieur. Nous avons laissé tomber les discussions plus cérébrales pour des discussions plus émotionnelles qui nous touchent de près. Ce qui me fait réaliser qu'en devenant maman, j'ai un peu fait taire ma tête pour mieux entendre mon coeur.

C'est changer pour le mieux, non?


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