La jasette

Mère indigne... pas toujours facile!!

On se targue d’être des Mères indignes, des Z’imparfaites, nous nous sentons enfin entendues dans nos délires de mère…Mais sommes-nous toujours si fières de l’être? Partage ici d’une histoire fraîchement vécue entre ma grande et moi…
 
—T’es superbe Chérie, très belle comme ça!

Toi aussi, m’man, rétorque-t-elle.

—Ben non, ma belle, je n’ai rien à voir avec toi, toi t’es un pétard!!
—Tu t’trouves pas belle?!!
—Non, mais j’suis-tu fière d’avoir réussi une beauté comme toi, tu l’as échappé belle!!

C’est vraiment poche! Boude-t-elle tout d’un coup.

—Mais, c’est pas poche, ça fait pas tout la beauté… Toi, c’est juste que tu as tout pour toi, c’est génial!

—Non, c’est poche parce que, au cas où t’aurais pas remarqué, tout le monde dit que je suis ton sosie,fait 

    que…

—… Fait que quoi?! J’suis brune, les yeux bruns, ordinaire…Tu me ressembles, oui, mais t’es blonde, des yeux
      bleus de malade…

Eille! C’est vrai, j’suis comme toi, j’suis pas débile! Comment tu peux vraiment m’trouver belle, si toi t’trouves
    ordinaire???

Élaina, ma belle grande fille aînée de 12 ans, me laisse littéralement sans voix. Je suis scotchée à mon siège. Plus de son, plus d’image, plus qu’une boule dans la gorge. Elle n’a que 12 ans, mais a déjà saisi l’imposture. Soit, je n’ose pas  lui avouer qu’elle n’est pas si belle que ça, soit j’ai un sérieux problème entre les deux oreilles! Mais le pire dans l’histoire c’est la peine que je lis dans ses yeux, la peine que je reconnais pour ne pas l’avoir digérée moi-même. 

Malgré les droits récents que s’octroient les Mères Indignes[1], les Z’imparfaites[2], les Mères qui se confessent d’en avoir marre[3] et même si je me sens assurément des leurs, je ne me reconnais qu’en partie dans leur discours. Je n’ai aucun problème à crier mon découragement devant les interruptions multiples chaque fois que je suis au téléphone (immanquable!), devant les intrusions massives dans mon lit conjugal et devant les sempiternelles guérillas fraternelles. J’avoue, humblement, moi aussi que leurs anecdotes quotidiennes sont parfois dénuées de tout intérêt : un petit « Hum! Hum! » de temps en temps et le tour est joué! 

Pourtant, ces écarts de conduite aux règles d’or de la mère parfaite en touts points ne font résonner aucune once de culpabilité en moi… Je le jure sur la tête de mes enfants chéris, mais ça, c’est jusqu’à ce que je sente un tantinet de peine, de tristesse dans leurs yeux.

Il m’importe peu d’être la mère qui fait des lunchs parfaits, telle une Nathalie dans les Parent, d’être celle qui joue avec eux chaque soir, celle qui organise des fêtes d’enfants dignes des Saisons de Clodine, mais créer chez mes enfants des blessures que je n’ai même pas réussi moi-même à panser, cela me dévaste totalement.Suis-je la seule à me surprendre à répéter les mêmes paroles assassines, à adopter les mêmes gestes que mes parents ou mon entourage proche? 

Suis-je la seule à être parfois, vraiment indigne d’être mère? Je me suis toujours sentie comme un mouton noir, trop ceci, pas assez cela… Bref, jamais je ne me suis trouvée parfaite comme j’étais et j’ai beau m’évertuer à inculquer la confiance et l’assurance à mes enfants, on ne transmet pas le vide, le rien… 

Il y a quelques mois de cela, je répétais à ma fille la rengaine de mon enfance : « Rentre ton ventre! » Parce qu’évidemment, un ventre, ça se cache! Une rondeur, on ne doit pas afficher ça... Mais quand j’ai vu les yeux de ma belle s’embuer, j’ai voulu disparaître sous la table, le plancher et plus loin si possible. 

En lisant l’ouvrage magistral d’une psychologue française, Isabelle Filliozat : « Il n’y a pas de parents parfaits[4] », j’ai compris, assimilé que la manière dont j’élève mes enfants est le résultat de mon histoire personnelle. On ne parle pas de thérapies à n’en plus finir, on ne parle pas de s’autoflageller en ressassant nos erreurs parentales… Juste de mettre le doigt sur les plaies restées béantes de notre enfance et de les refermer avec un mélange de conscientisation et de douceur à l’âme.

Ce n’est pas tout de se permettre l’imperfection, il faut aussi bien la vivre et surtout la rendre constructive. Chacune des imperfections révélées et assumées est autant de roues inversées. Et mon p’tit côté Ouïja (assumé lui aussi!) s’émeut devant la beauté de ces échanges mère-fille. Moi, à 20 ans, je lisais et relisais « Ma mère, mon miroir », de Nancy Friday[5] et je rageais devant toutes les vérités qui s’y nichaient. Aujourd’hui, c’est moi le miroir, mais en face de moi se trouve une petite fille de 
12 ans, plus solide et plus forte que je n’ai jamais été.

Nos enfants guérissent notre enfance. Nous sommes imparfaites… Oh! Que oui!! Mais à bien y penser, c’est absolument parfait! Car on ne peut s’élever si on se croit déjà au sommet. Restons terriennes et laissons nos enfants nous inculquer l’essentiel!

N. B. : Aujourd’hui, Élaina se prépare pour son bal. Plantées toutes deux devant le miroir, nous observons son reflet…

?Et puis, lui dis-je?

?T’as raison, m’man, un pétard, ouuuuaiiiis!!...  



[2] Descheneaux Nadine, Coulombe Nancy, Guide de survie des (Z)imparfaites, Éditions des Intouchables.

[3] Mead-Ferro, Muffy, Confessions d’une mère qui en a marre, éditions Caractère.

[4] Filliozat, Isabelle, Il n’y a pas de parents parfaits, éditions Marabout.

[5] Friday, Nancy, Ma mère, mon miroir, Éditions Robert Laffont.


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