Février étant le mois de l’histoire des Noirs, Caroline Casabon, présidente et fondatrice de Mères & Cie, a accepté de nous raconter comment ses origines métisses lui ont parfois valu des situations cocasses, des questions farfelues et bien sûr, des moments moins drôles. Le racisme faisant malheureusement encore partie de notre société, Mères & Cie a décidé de lui faire un pied de nez et en célébrant la différence et la diversité culturelle!
Ni noire, ni blanche. Un peu beige. C’est ainsi que je me suis toujours perçue.
Je sais que cela peut sembler étrange comme déclaration, mais, à mon sens, je suis neutre. Ou entre les deux. Ou beige comme mon tout petit m’a déjà dit! Voyez-vous, mon père est noir (West Indian comme on dit en français!) et ma mère est blanche. Et oui, en 1969, une parcelle de Trinidad Tobago (dans les Caraïbes) a croisé une parcelle de Malartic (en Abitibi). Deux mondes on ne peut plus différents se sont fusionnés. Parlez-en à mon grand-père qui, semble-t-il, a bien failli en mourir!
Dès l’enfance, j’ai rapidement su que j’étais différente de mes cousins et cousines aux yeux bleus, au teint pâle (je les trouvais même un peu blêmes!) et aux cheveux droits (Dieu que j’en étais jalouse!). Cependant, je n’ai jamais senti que nos différences étaient un obstacle à mon appartenance à une famille multiculturelle. Au contraire, pour moi, c’était une façon d’être unique, d’être différente des autres. À cette époque (ouf, ça ne me rajeunit pas!), les métisses, mulâtres, beiges, mixés, appelez-les comme vous voudrez, ça ne courrait pas les rues!
Mon premier incident relatif au racisme, je l’ai vécu vers 18 ans. Au retour du Cégep, en route vers la maison, j’entends un jeune garçon hurler « NÉGRESSE »! Je me suis retournée pour voir à qui il pouvait bien parler. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il n’y avait que lui et moi dans la rue! Non… il n’a pas pu me crier cette insulte, pas à moi? Mais oui, ça ne pouvait être qu’à moi! Et vous savez quoi? J’ai souri! OK, ça peut paraître bizarre. Mais j’ai eu assez de cran pour ne pas me laisser désarçonner par cet énergumène et réfléchir au fait que je ne suis pas une couleur. Je suis ce que je suis. Un peu beige d’accord. Mais avant tout, humaine.
Par la suite, il y a eu d’innombrables situations ou ma « beigeur» en a fait réagir plus d’un : « Regarde le gars! Sa blonde est noire! » ou aussi la fois où nous nous sommes vu refuser la location d’une chambre dans un hôtel en Caroline du Nord car mon mari est blanc (vous voyez bien, c’était de sa faute, pas la mienne!). Il y a aussi eu des commentaires comme « T’es belle pour une noire ». Traduction : si j’étais blanche, je serais plutôt moche! Et j’en passe. Mais heureusement, rien d’absolument horrible (car nous le savons, certaines personnes vivent des épisodes terrifiants à cause de la couleur de leur peau) qui m’a marquée à vie et qui aurait nécessité une thérapie.
C’est à la naissance de mes enfants que j’ai vraiment saisi l’ampleur de ma différence. En 1995, à 25 ans (bon, vous savez mon âge!), je donnais naissance à un magnifique poupon… blanc aux yeux bleus! Imaginez la surprise générale! Pour nous, il n’y avait aucun doute qu’il serait, au minimum, un tantinet basané, avec des yeux noirs et les cheveux foncés comme sa maman! Même le médecin à fait une drôle de tête en voyant le bébé! Je ne vous dis pas combien de fois on m’a demandé « vous êtes la nanny ? », « c’est le fils de votre conjoint ? ». OUIIIIII, et le mien aussi! J’ai des photographies de l’accouchement, vous voulez les voir? « Vous êtes la mère de…? Gabriel…? Ah oui, vraiment? Il est adopté? » Arrrrrgggghhhhhh!
Sept ans plus tard, notre petit dernier (communément appelé Ti-Minou) se pointe le nez. Un vrai petit tibétain! Teint légèrement basané, deux petites billes bien noires pour les yeux et les cheveux droits, mais très foncés. Deux enfants, deux frères, et pourtant si différents!
Le plus marrant là-dedans, c’est que pour mes garçons, être « black » (comme ils adorent le dire) c’est vraiment ce qu’il y a de plus cool! Mon plus grand à une fierté évidente à dire que sa mère est noire. C’est même assez valorisant de voir que, lorsque j’arrive à un endroit et qu’il m’aperçoit, il me pointe du doigt à un ami et dit « c’est ma mère » avec un grand sourire aux lèvres! Pour Ti-Minou (mon petit dernier), n’essayez pas de lui parler d’origines métissées : lui, il EST black et c’est tout!
Somme toute, dans notre réalité, nous sommes une famille comme les autres. Ni noire, ni blanche. Juste unique à notre façon. C’est quand les membres d’une même famille n’ont pas tous une apparence similaire que l’on peut se dire que noir ou blanc, l’authenticité et l’amour ne se résument pas à la couleur de la peau.












