La jasette

Notre sport national

Je ne m'y connais pas en hockey. Et, soyons francs, je déteste ça! Alors, le jour où mon fils m'a annoncé du haut de ses six ans : « Maman, moi j'veux jouer au hockey! », j'ai soupiré, résignée. Je n’allais pas m'y opposer quand même! Fallait s'y attendre en mettant au monde un petit paquet de testostérone...

 Alors ça a commencé : inscrit fiston, achète ce qu’il faut et emprunte le reste aux cousins... Ne JAMAIS tout acheter neuf avec un enfant. Même s'il vous jure qu'il va aimer ça, un enfant change d'idée comme il change de petites culottes. Mieux vaut prévenir!

 Arrive l’automne : sur la glace à 7 h 30. Il fait froid dans l'aréna, j'ai les yeux encore collés, je découvre la procédure pour habiller un joueur de hockey sans oublier de morceaux. Fiston n'arrive pas à tenir debout sur la patinoire. Premier constat : fallait l'inscrire un an plus tôt. Apprendre à patiner avec une chaise, c'est pas fou après tout! Ça évite bien des coups durs à l'orgueil de mon petit homme que je vois maugréer sous son casque. Finalement il termine tout de même la pratique assis dans le coin de la patinoire, refusant obstinément de continuer. Ça commence bien...

 Au fil des semaines, des mois, mon rouquin a vécu bien des frustrations. Mais sa persévérance m'a toujours étonnée et en a étonné plusieurs. À la fin de la saison, William tenait non seulement sur ses patins durant tout un match, mais il avait appris à se retrousser les manches et à redoubler d'efforts quand c'était nécessaire. Deuxième constat : ne JAMAIS sous-estimer un petit bonhomme de six ans qui vous dit : « Maman, moi j'veux jouer au hockey! »

 Revient l’automne, fiston reprend les pratiques de hockey. Il n'en démord pas : il va un jour jouer dans la Ligue nationale! Ne manquait plus que ça : il trippe vraiment fort! C'est maintenant au tour de maman de retrousser ses manches et de prendre son mal en patience. J'vous l'ai dit : j'aime pas le hockey, je déteste ça! Par contre, J'ADORE mon fils. C'est donc reparti pour une autre saison à sacrifier ses weekends au profit de l'épanouissement de petit homme.

 Cette année, il sera novice. Comme il y a beaucoup de jeunes, on parle de créer une catégorie C - pour les plus faibles. Pas besoin de 42 pratiques pour deviner le sort de rouquin... Qu'importe, je lui rappelle que l'important, c'est qu'il s'amuse. Pourtant, pas de drame le jour du classement : il est super fier d'être novice C. Pour lui, c’est un premier pas vers la grande ligue... Je souris. J'commence à y prendre goût. Pas au hockey, à la passion et aux rêves de mon garçon. Et je suis contente qu'il ait une passion finalement... même si c'est du hockey.

 La saison débute, on n'y croit pas vraiment chez les parents. Nos cocos manquent d'assurance et de confiance. Mais ils ont le sens du jeu et ils veulent beaucoup. Une victoire, deux victoires, trois victoires... Ils sont chanceux! Quatre victoires, cinq victoires... Ils sont pas mal finalement! Le printemps arrive, les Faucons novices C remportent la médaille d'or! Ils sont champions de la ligue! Et ils sont invaincus jusqu'à maintenant. Mais ça pourrait se corser. On s'en va se battre contre d'autres vainqueurs au championnat régional. Ça commence à être du sérieux. On veut y croire, mais on a certaines réserves. Une défaite pourrait venir miner le moral de nos troupes. Ils ont appris beaucoup de choses depuis le début de la saison, mais ils n'ont pas appris à perdre.

 Dimanche matin, on quitte la maison à 7 h. C'est une grosse journée pour nos Faucons. Deux matches à disputer dans la journée. Le premier, le plus important, la finale du championnat régional. L'autre équipe compte pas mal plus de joueurs que la nôtre et les p'tits gars ne sont pas si petits finalement... Je sens mon cœur se serrer et j'ai des doutes sur les chances de gagner de nos jeunes mecs. L'équipe adverse compte un premier but trois minutes après le début de la première période. J'ai maintenant le souffle court et les mains moites. Nos Faucons se réveillent, un but, deux buts, trois, quatre, cinq buts! Vingt-cinq secondes à faire en troisième période - c'est donc ben long 25 secondes quand l'adversaire tataouine avec la rondelle devant NOTRE filet! La sirène se fait entendre, mon cœur reprend sa place, je recommence à respirer et je suis debout, tout sourire et je lance des bravos à nos champions. Nos SUPER champions! En début d'après-midi, autre victoire! Ils sortent grands gagnants de la classe novice C du gros tournoi de Saint-Jean-sur-Richelieu! C'est un grand jour pour l'équipe, pour mon fils et pour moi.

 En cours d'année, j'ai eu un bébé et j'ai dû me rendre à l'évidence que de courir tous les matches m'était impossible… et ça faisait bien mon affaire, je l'avoue. Mais ce jour là, quand je l'ai vu remporter les grands honneurs et faire le tour de la patinoire le cou brillant de médailles, je me suis sentie un peu coupable. J’avais les yeux dans l’eau et le cœur plein de fierté. Ma fille de quatre mois dans mes bras, je me disais : « C'est pas croyable! Il n'y a pas si longtemps, il était petit comme elle. » Et j'ai eu le vertige en pensant qu'un jour, elle me remuera le cœur comme son grand frère... 


Programmation : Quatral Solutions         Design graphique : Point de mire