La jasette

Question de vie... ou de mort

Novembre, dans bien des pays, c’est le mois où l’on célèbre les morts. En France, au congé de la Toussaint, on fait honneur aux défunts. Au Mexique, lors de la Dìa de los muertos (Jour des morts), les Mexicains vont au cimetière pour commémorer leurs morts en décorant les tombeaux. La mort, nous savons la célébrer, mais savons-nous l’expliquer, la faire accepter, surtout à nos enfants?

Ma cadette avait un petit quatre ans à peine lorsque Cléo, notre fidèle Labrador des 15 dernières années nous a quittés. Quant à moi, ma Cléo a fait ça comme la reine qu’elle a toujours été. Elle nous a TOUS attendus sagement dans le salon, s’est assuré que tout le monde avait fait son tour de bisous et de câlins pour finalement partager avec nous ses derniers souffles.

—Pourquoi elle souffle Cléo, maman? me demande Andréa
—Parce qu’elle est en train de mourir, chérie.
—Elle va partir toujours? commence-t-elle à sangloter, d’un sanglot digne de ses quatre ans.
—Elle va aller au ciel, comme les anges.

Bon, je sais, ce n’est pas trop original, le ciel, les anges… Mais que voulez-vous, je n’avais pas prévu le coup, c’était la première fois qu’elle voyait un de ses animaux domestiques mourir sous ses yeux. Aurais-je vraiment pu prévenir, atténuer le choc? Aurais-je dû en parler avec elle avant? C’est vrai que je me suis fait prendre, car c’est le premier chien qui s’est laissé mourir dans notre demeure, une belle mort, douce et bombardée d’amour, mais une mort en direct, une mort surprise.

Comme à l’accoutumée, nous avons pris notre chien dans nos bras pour aller l’enterrer dans le fond de notre jardin. Sauf que cette fois-ci, Andréa assiste à la cérémonie. Elle nous suit, la tête dans les airs, semblant se dire : « Et là, ils vont faire quoi? La pitcher dans le ciel? ». Ô surprise! Cléo qui était censée se faire expulser dans les airs, se retrouve couchée au fond d’un trou de boue.

—Tu m’avais dit qu’elle allait au ciel, Cléo. C’est qui qui va la monter, maman? Temps mort…

(ARGhhhhh!!!....)

Vous comprendrez qu’évidemment, le soir venu, au moment du coucher, Andréa entreprend un interrogatoire en règle :

—Et toi, maman, toi aussi tu vas mourir?
—Ben oui, chérie, mais dans TRÈS longtemps!! (Et qu’est-ce que j’en sais dans le fond?)
—Je veux pas que tu meures! 
—Mais c’est pas tout de suite chérie, dors tranquille, ma chouette!

CRISE DE LARMES!!

OUF! Là je patine… L’échange dérape, disons un tantinet, vers le drame!. Je me lance donc vers une avenue plus originale…

—De toute façon, chérie, t’en fais pas, même morte je serai là pour toi, toujours, toujours!
—Tu vas revenir après?
—Oui mais je serai déguisée, comme transformée, en chat, tiens! (Et pourquoi pas?!!)
—Mais comment je vais savoir que c’est toi?
—Ben, mes yeux, j’aurai les mêmes yeux!

Patinage de haute voltige, j’en conviens, mais qui aura su calmer les angoisses existentielles de ma toute petite et pour le jour, ce fut parfait.

Le lendemain soir, heure du coucher prise 2 :
—Quand moi je vais mourir, je pourrai choisir d’être ta maman après?
—Ma foi, pourquoi pas!
    (Visiblement la nouvelle l’enchante totalement, paroxysme d’excitation…)
—Wow, wow, bon là, il faut dormir, c’est l’heure!
—Pourquoooooouuaaaaa??!
—Parce qu’il est 8 heures, c’est l’heure!

Elle tire sur sa couverture, me repousse, me lance un « bonne nuit » en sauvageonne et me jette un regard à la Ma’ Dalton…
—Ben moi, quand je serai ta mère, j’te laisserai te coucher à 9 heures…

******

J’entends déjà tous les psychologues de ce monde s’indigner devant tous ces pieux mensonges. Françoise Dolto ne serait sûrement pas fière de moi. J’ai peut-être été déficiente dans mes explications, mais j’ai tout de même légué ainsi à ma fille l’idée que tout est possible, à qui sait attendre!


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