La jasette

Recette d’un p’tit bonheur

La minuterie retentit, la maison se parfume, les yeux de me fille s’agrandissent : ça y est, notre tarte aux pommes est prête! Au retour d’une journée au verger avec ses copains de la garderie la semaine passée, ma fille me remettait un grand sac plein de pommes avec l’exigence de popoter une délicieuse tarte automnale ensemble.

Chose promise, chose due (et ma fille a vraiment bonne mémoire!), j’ai enfilé mon tablier, installé ma puce sur le comptoir de la cuisine et sorti la recette familiale de son tiroir. Que de plaisir à regarder ma grande fille de deux ans mélanger la farine avec fierté, croquer dans les quartiers de pommes au fur et à mesure que je les coupais, m’observer attentivement mesurer, verser, trancher et touiller les ingrédients.

J’ai réalisé alors toute la chance que j’ai eu d’avoir passé une partie de mon enfance dans la cuisine où mon père me concoctait de multiples petits plats, du potage jusqu’au dessert. Je me souviens de mes frères et moi, grimpés sur des chaises, le nez au-dessus des chaudrons, les doigts dans le glaçage et les yeux rivés sur la porte du four. Je me rappelle que nous attendions, à tour de rôle, le privilège de pouvoir lécher les cuillères du malaxeur pour récupérer ce qu’il restait du mélange à gâteau. Quel bonheur!

Outre la gourmandise, je réalise que mon père m’a légué ce goût pour les bonnes choses, cette envie de connaître ce qu’il y a dans mon assiette, cette volonté de choisir avec attention les aliments que je cuisine et de nourrir ainsi ma santé. Il m’a aussi transmis le plaisir de découvrir, d’explorer de nouveaux aliments et d’apprendre à cuisiner, de même que le souci de promouvoir les produits locaux et d’encourager les producteurs d’ici. Je comprends que c’était aussi sa façon à lui de nous offrir, repas après repas, un cadeau à partager en famille, un moment précis où le temps s’arrêtait et où saveurs et conversations se mêlaient. C’est dans son grand livre de recettes que mon père cachait ses secrets culinaires, mais c’est à cette table qu’il rédigeait chaque jour la recette du bonheur.

Et aujourd’hui, malgré les horaires chargés, la fatigue, mes baisses de motivation, et même si cela me demande certainement plus d’efforts que de visiter le rayon des surgelés, je suis heureuse de prendre le temps de cuisiner pour ma fille. J’espère qu’elle enregistre tout cet enseignement, du haut de ses trois pommes, et qu’un jour elle cognera à ma porte dans le but de m’emprunter la recette familiale de tarte aux pommes.

À toi, ma belle fille, mon ange, pour qui je m’efforce chaque jour d’être digne de l’enseignement, de l’amour et des valeurs que j’ai reçus.


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