Vendredi soir, la semaine a été longue, que dis-je, interminable! Le souper s’est éternisé, les enfants ont encore une fois été atteints de légumite aiguë… Elle est très violente cette année, je ne sais pas si les vôtres l’ont attrapée : c’est quand, soudain, tous les légumes qui étaient pourtant appréciés, ou au moins tolérés, deviennent « full dégueux ». En général, c’est ma pré-pré-ado de sept ans qui part le bal… Il est ensuite repris par mini-monstre, qui amorce son f&*%ing four, et toutes deux contaminent évidemment mon petit Filou qui, bien qu’il ne parle pas vraiment, exprime tout aussi clairement son dégoût en lançant sa nourriture au chien! L’enfer sur terre!
J’ai donc reculé discrètement l’horloge (bin quoi? Il faut ce qu’il faut quand une mère est à boute!) pour débuter l’opération dodo. À la première étape, j’ai évité de justesse l’inondation de ma salle de bain causée par le concept de « bain express » qu’ils ont confondu avec « bain surexcité »! Ensuite, pyjamas, dents, petit coup de brosse en vitesse, pipis de bonne nuit et hop! Au lit!
« Maman, lis-nous une histoire, ça fait full longtemps que tu n’en as pas lue… »
Ai-je mentionné que « full » est le mot du jour chez nous depuis plus d’un an, et ce, malgré les remontrances, les débats, l’exposé des synonymes valables et les menaces? À la longue, j’ai abdiqué, faut choisir ses batailles, non?
J’y suis donc allée d’un compromis : « Bon, ok, mais vu que maman est full(!) fatiguée, c’est une histoire-pas-de-livre ce soir! Alors, je ferme la lumière, vous fermez vos yeux et si j’en vois une grouiller ou si vous parlez, j’arrête. » Rassurez-vous, j’ai peut-être l’air méchante comme ça, mais je ne les impressionne pas du tout!
En résumé, j’ai raconté l’histoire de deux petites filles qui avaient été vraiment tannantes toute la journée et qui n’avaient rien voulu manger au souper. Comme conséquence, leur mère les a amenées loin loin loin dans la forêt, elle les a abandonnées là et leur a dit d’être très sages et de dormir si elles voulaient qu’elle revienne les chercher le lendemain… Sinon les loups les mangeraient! Quoi? Cruelle et sadique moi? Pffff! Pensez-vous? C’est bien mal connaître mes filles! Elles ont rigolé tout le long, puis m’ont annoncé que les petites filles avaient décidé de ne pas être sages et de se sauver avec les loups parce que c’était sûrement des loups-garous. S’en est suivi un débat afin de comparer les vertus des loups-garous versus celles des vampires… Aaargggh! Maudit soit Twilight qui nous empêche d’impressionner un tant soit peu nos petites pestes!
J’ai mis fin à la discussion à grands coups de menaces et de « Chutttt! Faites dodo là! » et je suis retournée m’asseoir devant mon ordi pour terminer mon boulot en attendant le silence. J’ai bien sûr eu droit à la ronde des « Un dernier bisou-câlin maman! », « J’ai encore envie de pipi! », « Anaïs me dérange! Non! C’est Zoé qui me tape! » et même à la dernière trouvaille de ma petite « J’pense que mes ongles sont trop longs, faudrait les couper… » Finalement, après avoir chicané, grogné et menacé, j’ai demandé à mon chum, qui venait d’arriver, de venir faire un peu « d’autorité paternelle ». Ça me fâche chaque fois d’en arriver là et pourtant, quelques mots ont suffi pour obtenir le silence tant espéré… Pourquoi ça ne marche jamais aussi bien quand c’est moi? C’est tellement enrageant! Bon, je finalise deux-trois trucs, je réponds aux courriels les plus urgents et je descends enfin pour un petit repos bien mérité avant le dodo… Il est 22 heures.
Chéri est là, calme et détendu en train de réviser ses notes de cours tout en écoutant distraitement la télévision. Heureuse de le retrouver après une semaine éreintante, je m’approche de lui pour me blottir un peu et souffler. Il m’embrasse, me prend par la taille, me colle contre lui, j’ouvre les yeux et… Ah! Non! Elle est là! La petite lueur dans ses yeux (qui, soit dit en passant, est presque TOUJOURS là!), celle qui me dit qu’il a de grandes attentes pour le reste de la soirée. Je le regarde, de mon air de chien battu le plus convaincant et je lui demande : « T’es pas sérieux? Pas ce soir? On est vendredi, il est dix heures, j’ai passé la semaine toute seule avec les monstres, je viens de finir de travailler, je suis fatiguée, brûlée, crevée, pas lavée, je pue, j’ai pas le goût! C’est quoi l’idée d’avoir des pensées de même à cette heure-là? »
Vous auriez dû le voir… Son air de chien battu était cent fois plus convaincant que le mien et vous savez ce qu’il m’a répondu? « Mais chérie… j’ai allumé une chandelle! »













