La jasette

Une mère parfaite... paresseuse!

Y a-t-il quelque chose de plus honteux que d'avouer qu'on est paresseuse? Peut-on seulement se permettre de l'être lorsqu'on devient mère? Je crois que oui... Puisque j'en suis la preuve vivante!

Il y a six ans, tannée de vivre une relation qui tournait en rond avec un homme qui ne m'aimait pas, j'ai décidé de rompre. Ma fille avait alors cinq mois et nous étions à la veille du temps des Fêtes. Ma famille a cru que c'était le post-partum qui me rendait folle... Mon ex aussi d'ailleurs puisqu'il était persuadé que je reviendrais quand « ça m'aurait passé ».

Pourtant, j'ai relevé mes manches, j'ai organisé mon déménagement, mon réaménagement, mon retour au travail, l'entrée de la petite à la garderie, les routines et tout et tout... J'ai perdu tout le poids de ma grossesse, plus quelques kilos! Je n'avais jamais été aussi mince depuis le secondaire : une vraie réussite cette séparation!

De retour au travail, quelques mois plus tard, j'ai rencontré le p'tit nouveau... Au début, je l'ai trouvé sympathique, puis je l'ai détesté et finalement, je me suis rendu compte que j'étais vraiment amoureuse de lui. Mais alors, mon beau plan de mère célibataire tombait à l'eau. Je ne pouvais pas me remettre aussi vite en couple. Je devais montrer que j'étais capable d'y arriver toute seule pour prouver que j'avais fait le bon choix.

Malgré tout, je l'ai invité à souper un soir... Oui, je sais, c'était jouer avec le feu! Mais entre-temps, toutes mes amies s'étaient mises en couple et elles essayaient de me refiler leurs blind dates qui n'avaient pas fonctionné. Alors, je me suis dit que je pouvais bien me planifier un petit souper en toute innocence... Malheureusement, ma fille a été absolument épouvantable ce soir-là. C'était la totale : les cris, les pleurs, elle se débattait, ne voulait pas être dans mes bras, ni dans son lit, ni manger, ni boire. Vous imaginez mon malaise : moi qui croyais naïvement en profiter pour lui démontrer que ce n'était pas compliqué de sortir avec une fille qui a un bébé... Je n'aurais pas pu imaginer pire scénario. Néanmoins, il est resté très calme et m'a dit : « Profites-en et ne t'inquiète pas, va t'occuper de la petite et moi je m'occupe du souper. »

J'ai tourné les talons pour aller dans la chambre de ma fille afin qu'il ne s'aperçoive pas que j'avais les yeux dans l'eau... En un instant, le fil invisible qui m'obligeait à me tenir toujours droite s'est cassé. Je venais de me délester de 100 livres de pression. La petite a fini par s'endormir et je suis allée m'asseoir pour savourer le premier souper que je n'avais pas eu à cuisiner depuis des mois. Lorsqu'il a déposé mon assiette devant moi, tout était parfait : il avait même placé mes carottes en éventail! J'ai aussitôt su que je voulais marier ce gars-là! Tant pis pour mes beaux principes féministes, je prouverais une autre fois que j'étais capable de vivre sans homme.

Ce soir-là, j'ai compris que ça me manquait un homme, mais pas n'importe lequel par contre! Je ne voulais pas de celui qui ne m'aimait pas, qui était incapable de me dire que j'étais belle et qui ne voulait pas s'occuper de son bébé. Je voulais le spécimen nouveau : celui qui fait à manger, qui change les couches, qui s'aperçoit qu'on a acheté un nouveau chandail et qui sait complimenter afin que l'on se sente belle et spéciale, et ce, malgré le fait qu'on est enceinte jusqu'aux oreilles!

Je l'ai donc marié... J'aurais été folle de le laisser filer! Mais, vous savez quoi? Je suis devenue paresseuse. Maintenant que je sais que tout ne repose pas uniquement sur mes épaules, j'ai arrêté de vouloir tout faire et de performer à tout prix. Je ne fais pas toujours la vaisselle après le souper, je laisse des brassées se froisser dans la sécheuse, je laisse trainer ma tasse de café à côté de l'ordinateur... Et ça ne me dérange pas! J'ai appris à vivre, à relaxer, à respirer et à profiter du moment présent. Carpe diem! Entre un après-midi passé à faire du ménage ou à lire un bon roman ou encore à jouer dans les plates-bandes et prendre un bain de soleil dans la piscine, je ne choisis pas le ménage! Essayez pour voir, le ménage peut bien attendre un jour de plus et vous verrez à quel point ça fait du bien... Vive la paresse : c'est un si beau péché!


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