J'ai deux enfants. Pas quatre, comme ma grand-mère. Ni quatorze, comme mon arrière grand-mère.
J'en ai deux. Et certains jours, c'est le chaos total! Mon fils est convaincu que mes seins lui appartiennent et ma poulette d'âge préscolaire traverse ce qui ne peut qu'être une adolescence précoce. Si bien que je cours comme une folle, convaincue qu'il n'y a que chez moi que les vitres sont remplies de petits doigts et que moi qui n'arrive jamais à me coiffer (que dis-je, me sécher) les cheveux. Je suis souvent (tout le temps) en retard. J'ai atteint mon point culminant en m'épilant dans la voiture, cinq minutes avant d'assister à un mariage. (Dieu que j'espère qu'aucun de mes ex ne lira ce texte... Allo la déchéance!) Pourtant, j'ai un chum qui s'implique à tous les niveaux. (J'en profite pour lui lever mon chapeau... et aux familles monoparentales... et aux parents de jumeaux...) Et je suis, en temps normal, une personne organisée, en contrôle.
Je disais donc que j'ai deux enfants et que je rêve parfois de souffler un peu. De relaxer. De me retrouver. (Au fait, qu'est-ce qu'on faisait de toutes ces minutes avant nos enfants???) Mais l'évasion, quand on nage dans la maternité, est bien loin du 5 à 7 d'antan. D'abord, je ne rentre pas encore dans ma robe cocktail. Secundo, entre vous et moi, je ne suis même pas certaine d'en avoir tant envie!
Mes échappatoires de prédilection se sont grandement simplifiées. Un café. Mieux, un café, avec un journal et 10 minutes pour le lire. Quand j'ai une mauvaise journée, j'arrête au café pour m'en faire faire un (le luxe)... et je fais ajouter de la crème fouettée (le bonheur). Et dans les journées psychédéliques, je plante une cuillère dans un pot de Nutella et je plonge dans un bain chaud.
Petite parenthèse... Je participe à l'occasion à des ateliers de stimulation maman-bébé offerts par le CLSC. Un beau jour, l'animatrice nous prend de court et amorce la séance en nous demandant : « Qu'avez-vous fait pour VOUS cette semaine? » J'aurais tellement aimé filmer la scène. Revoir nos airs hébétés de crapets soleil, cherchant une réponse intelligente... à inventer! Jusqu'à ce que l'une d'entre nous s'élance : « J'ai dit à mon chum de s'occuper des enfants et je me suis enfermée dans ma chambre pour lire mon Public-Sac! » Je n'oublierai jamais le fou rire généralisé. Un rire libérateur, complice.
Ainsi, nous sommes nombreux à réviser nos standards. On ajuste à la baisse. On simplifie le processus. Ainsi, « faire la vaisselle tranquille » entre désormais dans la catégorie « activité relaxante ». Et réussir à faire pipi d'un trait, sans interruption quelconque, devient un accomplissement en soi! (Parlez-en à notre rédactrice en chef qui en sait quelque chose et à qui je dois un bon fou rire!!!)
Un jour, alors que j'essayais de faire une épicerie (avec bébé dans les bras et ma grande grimpée sur un étalage de conserves), une vieille dame s'est approchée. Elle a souri à mes enfants et m'a dit : « Vous savez, je donnerais tout ce que j'ai pour revivre une seule journée avec les miens alors qu'ils étaient petits. » Je n'oublierai jamais la sincérité, la nostalgie et la douceur de son regard...
On nous dit mille fois d'en profiter. Mais il arrive que le tourbillon du quotidien, l'éternelle routine et les sempiternels recommencements (Qu'est-ce qu'on mange ce soir?) nous éloignent de la magie qui se déroule sous nos yeux. C'est aussi pourquoi il est bon de se rappeler que ça ne dure qu'un temps. Que plus tard, nous regagnerons peu à peu des minutes pour nous, pour notre couple. Et que nous apprécierons doublement, autrement. Parce que le meilleur souper gastronomique n'égalera jamais celui qu'on savoure enfin après avoir si longtemps mangé froid et en vitesse.
En ce sens, la maternité a ce don incroyable de nous faire apprécier ce que l'on prenait jadis pour acquis... Soudainement, le salon de coiffure prend des airs de Club Med. Un moment de solitude, qui nous aurait autrefois ennuyé, nous semble béni.
Je disais donc que j'ai deux enfants. Qui occupent mes bras et tout mon temps. Il m'arrive d'avoir besoin de souffler. Mais je pense à la vieille dame du supermarché... et je vais me chercher un café!
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