Que ce soit à la suite du décès d'un grand-parent, d'un oncle ou d'une tante ou bien de l'un de ses parents ou de l'un de ses frères et sœurs, l'enfant risque d'être confronté tôt dans sa vie à la mort. C'est un grand défi que celui d'ouvrir la porte sur le sujet et de vous sensibiliser, vous lectrices, à une réalité qui touchera un jour, de près ou de loin, vos enfants. Pour construire ce dossier spécial, j'ai eu le privilège de m'entretenir avec trois intervenants qui œuvrent spécifiquement auprès des enfants endeuillés. Mme Josée Masson, travailleuse sociale et auteure, M. Gérald Nickner, également travailleur social, ainsi que Mme Louise Gaboury, psychologue, ont tous accepté de me parler de leur travail auprès des enfants en deuil. Je vous présente ce mois-ci la première partie de notre dossier spécial.
Comprendre la mort à travers les yeux d'un enfant
« Papa, donne ma doudou à maman pour pas qu'elle ait froid dans la terre (1)». Cette demande de l'enfant, aussi attendrissante soit-elle, démontre bien comment l'enfant se représente la mort. C'est au fil de son développement que l'enfant acquérra les éléments nécessaires à la compréhension du phénomène de la mort. Ainsi, un nourrisson ressentira l'absence, particulièrement dans le cas de son parent, à partir de ses sens. L'enfant âgé entre deux et cinq ans associera pour sa part la mort à l'immobilité. Les histoires qu'on lui raconte où les princesses sont réanimées par un baiser, ou les jeux vidéo dont le héros a plusieurs vies façonnent sa compréhension. Ainsi, à travers son regard, un mort peut revivre! C'est généralement entre six et huit ans que l'enfant intégrera davantage la notion d'irréversibilité de la mort et s'intéressera aux détails entourant le décès et les rites funéraires. Finalement, c'est généralement durant la pré-adolescence que le concept de mort est compris par les enfants. Il faut toutefois se rappeler qu'ils n'ont pas les mêmes stratégies que l'adulte pour y faire face (2).
En sachant que l'enfant ne comprend pas la mort comme l'adulte, comment lui en parler? Mme Masson nous répond : « En disant la vérité. Mourir signifie l'arrêt du fonctionnement du corps. Tout simplement. » Elle suggère également que le parent énonce ses croyances au sujet de la mort en précisant que c'est une croyance : « Maman croit que papa est au ciel et ça lui fait du bien de croire ça. Toi, qu'est-ce qui te ferait du bien de croire? », ajoute-t-elle en exemple.
L'importance du choix des mots lorsque l'on parle de la mort fait l'unanimité chez les intervenants rencontrés. Mme Masson précise : « Ce qu'on dit de la mort aux enfants influence leurs réactions face à celle-ci. Tout ce qu'on dira sera retenu contre nous! (...) Lorsqu'on explique à un enfant que la mort est comme un long voyage, il n'est pas rare qu'il demande d'acheter des billets d'avion pour aller rejoindre son parent décédé! », ajoute Mme Masson. En effet, les expressions associées au décès « Partir pour un long voyage », « Dormir pour toujours » ou « Le petit Jésus est venu le chercher» seront généralement prises au pied de la lettre par les enfants. Elles sont donc susceptibles d'augmenter leur sentiment de confusion et d'entraîner chez eux des questionnements.
Tous les intervenants ont également mentionné l'importance de vérifier la compréhension de l'enfant eu égard aux causes du décès survenu. Selon Mme Gaboury, cela permet de déceler plus rapidement un sentiment de culpabilité souvent présent chez les enfants endeuillés. Ceux-ci peuvent penser qu'ils ont une certaine responsabilité dans le décès de leur proche, par exemple s'ils se sont querellés avant le décès ou s'ils ont dit « Tu peux partir... » à l'être aimé alors en fin de vie.
Les rites funéraires
Les rites funéraires, comme l'exposition du corps et les funérailles, permettent de mieux intégrer la perte de l'être cher. Cette réalité s'applique également aux enfants. Pourtant, par peur de les traumatiser ou qu'ils ne conservent une image négative de la personne décédée, certains adultes peuvent être réticents à ce que les enfants y participent.
M. Nickner et Mme Gaboury soulignent l'importance de préparer les enfants à ce qu'ils verront et ressentiront lors de ces rites. Cette façon de faire permettra à l'enfant de choisir lui-même s'il désire être présent ou non. Devrions-nous insister pour qu'un enfant assiste aux obsèques d'un proche ou de l'un de ses parents? M. Nickner nous répond à ce sujet qu'il est important d'impliquer l'enfant, que ce soit durant l'évolution de la maladie lorsque c'est le cas et/ou dans les jours suivant le décès. « Être en lien se fait de plusieurs façons», précise M. Nickner. « Si l'enfant ne veut pas être présent aux funérailles, il suffit de trouver d'autres façons de l'impliquer qui lui conviendront mieux». L'enfant peut, par exemple, offrir un dessin à l'être cher décédé et demander à ce qu'il soit enterré avec la personne. Les adultes présents pourront ensuite raconter à l'enfant comment se sont déroulées les obsèques et ainsi, garder les enfants concernés.
(1) Exemple fictif
(2) Jacques, J., 2005; Masson, J., 2006.
Merci à nos collaborateurs :
Josée Masson est travailleuse sociale et auteure du livre Derrière mes larmes d'enfant... la mort et le deuil me font mal. Elle a fondé le Groupe l'Arc-en-Ciel, groupe de soutien pour enfants endeuillés, et a mis sur pied un centre de référence sur la problématique du deuil vécu dans l'enfance et l'adolescence (Deuil-Jeunesse). Pour plus d'informations, visitez http://www.joseemasson.com .
Gérald Nickner, travailleur social et Louise Gaboury, psychologue, exercent tous deux à la Maison Michel-Sarrazin (centre hospitalier privé à but non lucratif situé à Québec et dédié aux soins des personnes atteintes de cancer en phase avancée et en phase terminale). Ils y offrent un groupe de soutien pour enfants endeuillés.
Références et suggestions de lecture :
Jacques, J. (2005). Un baume pour le cœur. Québec : CRT, 43 p.
Masson, J. (2006). Derrière mes larmes d'enfant... la mort et le deuil me font mal. Saint-Jérôme : Éditions Ressources. 349 pages.
www.archambault.ca













