Le mois dernier, Mères et Cie vous a présenté la première partie de ce dossier spécial sur les enfants en deuil. C'est avec plaisir que nous vous présentons la suite et la fin de ce dossier. Nous vous avons introduit à cette problématique en vous présentant la perception et la compréhension qu'ont les enfants de la mort et avons abordé la question de leur participation aux rites funéraires. Nous terminerons la présentation de ce dossier spécial en faisant le survol du processus de deuil des enfants et de leur accompagnement tout au long de ce processus.
Le deuil des enfants
Parce que ce sujet est méconnu, il est souvent sous-estimé. L'enfant endeuillé en déstabilise souvent plus d'un par sa capacité de prendre « congé » de sa détresse : « J'ai déjà vu un enfant pleurer à chaudes larmes au chevet de son parent malade et puis retourner candidement jouer avec son camion quelques minutes plus tard », nous confie M. Nickner. Cette capacité de l'enfant lui permet probablement de s'adapter à la perte qu'il vit mais rend confus les adultes qui croient alors, à tort, que l'enfant est « guérit ». Par ailleurs, l'enfant qui perd un parent ou un proche significatif en bas âge sera souvent confronté en vieillissant à un manque d'empathie de la part de son entourage. « L'importance de reconnaître l'enfant comme un enfant endeuillé, c'est en quelque sorte l'accueillir dans ce qu'il vit. C'est reconnaître son vécu, sa souffrance » nous dit Mme Masson. Plusieurs croient que parce qu'il était jeune au moment du décès, l'enfant gardera peu de souvenirs du défunt et que son deuil s'en trouvera simplifié. « Plusieurs parents se réfèrent à leur propre deuil pour évaluer le deuil de leur enfant » nous explique Mme Masson. Hors, contrairement à l'adulte, le deuil de l'enfant a tendance à s'échelonner dans le temps et à évoluer avec son développement: « L'enfant vit la mort d'un être cher alors qu'il est dans une période spécifique de son développement (...). Et plus il vieillit, plus il est en mesure de comprendre la mort donc de comprendre davantage le départ ''pour toujours'' de la personne décédée » (Masson, 2006 : 111). « Idéalement, l'accompagnement auprès des enfants devrait se faire sur de courtes périodes mais tout au long de leur développement» nous explique Mme Masson.
L'accompagnement des enfants endeuillés
Tous les intervenants rencontrés partagent une vision de l'intervention auprès des enfants : celle-ci doit se faire conjointement avec le ou les parents (lorsque le proche décédé n'est pas l'un d'eux). Le groupe de soutien offert par M. Nickner et Mme Gaboury à la maison Michel-Sarrazin s'adresse d'abord aux enfants âgés entre 6 et 12 ans. Toutefois, dans l'intérêt de l'enfant, c'est toute la famille qui est soutenue : « La particularité de ce groupe pour enfants en deuil c'est qu'il permet également d'outiller les parents qui se joignent à leur enfant en fin de rencontre », ajoute Mme Gaboury. C'est souvent par son comportement que l'enfant manifeste son état affectif et psychologique et le parent peut ne plus reconnaître son enfant. Ce groupe permet donc aux parents de normaliser et de comprendre leurs réactions. Le groupe animé par Mme Masson depuis neuf ans, l'Arc-en-ciel, poursuit des objectifs similaires.
Les petits gestes qui font tant de bien...
Voici en résumé quelques suggestions pouvant vous guider dans vos contacts auprès d'un enfant endeuillé, que ce soit le vôtre ou l'un de votre entourage.
Dire la vérité, le plus tôt possible. Ce que les enfants n'apprennent pas de la bouche des adultes significatifs autour d'eux, ils l'apprendront par d'autres personnes de leur entourage tôt ou tard. « Plus on est sincère avec les enfants, mieux ils sont équipés pour faire leur deuil », ajoute Mme Masson.
Utiliser toujours les bons mots : la personne est morte (ou décédée). Si elle était malade, on nomme la maladie. Si le proche s'est suicidé ou qu'il a été assassiné, on le précise également. « Lorsqu'un proche meurt, nous disons aux enfants ce qui est connu. » Ainsi, dans le cas d'un suicide ou d'un homicide, la motivation derrière le geste ne doit pas être interprétée. « Il suffit de dire ce que nous savons, rien de plus. Par exemple : « Papa s'est suicidé. Nous ne savons pas pourquoi mais tu sais, peu importe la raison, ce n'est pas un bon moyen», précise Mme Masson.
Garder les enfants impliqués. Que ce soit au long de la maladie qui entraînera le décès ou après la mort lorsqu'elle est subite ou accidentelle. Comme le précisait M. Nickner, l'enfant peut s'impliquer à sa façon, comme en fabriquant un collage ou en écrivant une lettre à son proche mourant ou décédé.
« Écouter et parler » (Masson, 2006 : 205). Cela veut dire ouvrir la porte sur le sujet, offrir à l'enfant de parler de son histoire, d'échanger avec l'enfant sur la mort et sur le défunt, partager des souvenirs de la personne aimée et décédée, etc. Les proches également endeuillés peuvent partager leurs propres émotions et les nommer à l'enfant : « On ne traumatise pas un enfant à pleurer devant lui », nous explique Mme Masson. « Les débordements émotifs (crises de larmes, colère incontrôlée, etc.) devraient toutefois être vécus en privé », ajoute-t-elle. L'enfant, en voyant son parent ou tout autre adulte significatif vivre des émotions, comprendra qu'il peut lui aussi les exprimer.
En terminant, je vous souhaite bien sûr de ne pas avoir à utiliser ces suggestions, mais d'arriver à le faire lorsque nécessaire. Sachez alors ouvrir votre cœur et vos bras à ces enfants...
Merci à nos collaborateurs :
Josée Masson est travailleuse sociale et auteure du livre Derrière mes larmes d'enfant... la mort et le deuil me font mal. Elle a fondé le Groupe l'Arc-en-Ciel, groupe de soutien pour enfants endeuillés, et a mis sur pied un centre de référence sur la problématique du deuil vécu dans l'enfance et l'adolescence (Deuil-Jeunesse). Pour plus d'informations, visitez www.joseemasson.com .
Gérald Nickner, travailleur social et Louise Gaboury, psychologue, exercent tous deux à la Maison Michel-Sarrazin (centre hospitalier privé à but non lucratif situé à Québec et dédié aux soins des personnes atteintes de cancer en phase avancée et en phase terminale). Ils y offrent un groupe de soutien pour enfants endeuillés.
Références et suggestions de lecture :
Jacques, J. (2005). Un baume pour le cœur. Québec : CRT, 43 p.
Masson, J. (2006). Derrière mes larmes d'enfant... la mort et le deuil me font mal. Saint-Jérôme : Éditions Ressources. 349 pages.












