Vous savez, je ne suis pas dupe. Je sais depuis un moment déjà que le Père Noël est une grande fabulation. Seulement, je suis incapable de le dire à ma famille. Pour être honnête, j’ai bien failli l’avouer l’an passé. Nous étions à quelques jours de Noël. Je passais la nuit chez grand-maman. Elle me croyait endormi, mais sans en avoir l’air, j’avais mes deux yeux entrouverts.
C’était un soir de neige du mois de décembre. Grand-maman veillait à la lueur des lumières du sapin. En trame de fond, des cantiques de Noël : « Le bonhomme hiver », « Il est né le Divin enfant ». Puis un air qui m’était moins familier : « Derniers amours de ma vieillesse; Venez à moi petit enfants; Pour oublier mes cheveux blancs1». Cette chanson a fait pleurer grand-maman. J’entendais ses reniflements. Je me sentais tout petit dans le lit. Le téléphone a sonné. C’était la sœur de grand-maman. Cette dernière lui a confié que chaque année, c’est la même histoire : Noël la rend nostalgique. J’ignore ce que ça veut dire exactement, mais ça n’a pas l’air très agréable car ça rend triste. Grand-maman racontait que du temps où sa maman et son papa vivaient, elle adorait la période des Fêtes. Les grands réveillons en famille, les veillées du jour de l’An qui s’éternisaient jusqu’au lendemain matin. Tout ça n’est plus que du passé maintenant que ses parents sont décédés. « Une chance qu’il me reste Ti-pou pour égayer les Fêtes. Quand je vois ses yeux s’illuminer devant les cadeaux qu’il croit déposés sous le sapin par le Père Noël, ça me réconforte» a-t-elle dit.
Pourquoi je crois encore au Père Noël
Cette nuit-là, j’ai compris la signification du mot nostalgie. J’ai aussi réalisé que j’ai un devoir à accomplir, soit celui de répandre la joie autour de moi en jouant mon rôle d’enfant jusqu’au bout. Voilà une tâche bien facile quand on est gâté comme je le suis. Mais tous les enfants n’ont pas ma chance. Malheureusement certains ne peuvent s’offrir le luxe d’agir en enfant durant toute leur enfance. Ils sont blindés contre les dures réalités de la vie. Déjà, si jeunes. Trop jeunes. Pourquoi chercher à brûler les étapes de la vie? Maintenant que je sais qu’il faut profiter de chacune d’elles, j’ai choisi de continuer à croire au Père Noël. Pour grand-maman, pour les enfants éprouvés et pour moi. Oui, car, qu’on se le dise, croire au Père Noël est tout de même très amusant. Alors, cette année, pendant la nuit de Noël, de ma fenêtre de chambre, je regarderai le ciel. Je repèrerai le chariot du Père Noël, souvent non loin de l’étoile la plus brillante du firmament. Au passage, je ferai un tour du monde sur le dos de Rudolph. Je fermerai très fort mes yeux en guise de solidarité envers tous mes petits amis démunis. Puis, juste avant de m’endormir, je ferai une prière pour que grand-maman trouve une nouvelle source de joie pour les Fêtes à venir et que, plus jamais, elle ne soit nostalgique à Noël. Je sais, cela dépend un peu de moi, mais il faudra bien que ma prière soit exaucée. Je ne pourrai tout de même pas croire au Père Noël jusqu’à mes 18 ans!
1. Souvenir d’un vieillard (Traditionnel)













