Je suis assise avec mon chum dans la salle d’attente. Nous sommes seuls, alors je ne peux pas voir si on ressemble aux autres parents qui vont chez le psy. Nerveuse, je regarde la fresque au mur, la collection de Croc multicolores au vestiaire, les livres pour enfants sur la table, les vieux Archie pour les ados (Tiens, ça pogne encore ça??), mais on ne se parle pas et je sens bien que chéri est aussi anxieux que moi… Même si ça fait déjà des mois qu’on se dit que la meilleure option pour nous aider à gérer notre Zozo, c’est une aide professionnelle, là c’est vrai. Là, ce n’est plus juste des paroles en l’air! Je ferme les yeux, je prends une grande respiration et au même moment, je l’entends arriver…
Je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais après tout, je venais voir une spécialiste, une référence, une Docteure en psychologie, celle qui venait à bout des enfants les plus tannants! Influencée par tout ça (et sûrement un peu par le cinéma!), j’attendais une tête grise, une dame un peu froide, sérieuse et intimidante… Tout sauf ce petit bout de femme souriante, sautillante et attachante au premier regard : « Salut, moi c’est Chantal! Désolée, je suis en retard : un rendez-vous qui s’est étiré, dix minutes à peine pour manger… Je suis vraiment mauvaise pour gérer mon temps, surtout au premier rendez-vous, on a tellement de choses à se raconter! Vous venez? » Wow! Je l’aimais déjà! Une vraie humaine, comme moi, qui est à la course tout le temps, qui parle trop longtemps et qui n’a pas peur d’avouer ses travers d’entrée de jeu… Ça c’est rafraîchissant!
On la suit donc vers son bureau et je me sens déjà mieux. Chéri aussi vu qu’il presse doucement ma main, c’est bon signe! On s’assoit face à elle et elle nous pose LA question : « Bon, parlez-moi de Zoé! » Ouf! Par où commencer? Durant plus d’une heure, nous avons tour à tour fait le récit des hauts et des bas de la vie avec notre p’tit monstre préféré. Voyez-vous, le problème avec notre Zozo, c’est qu’elle est vraiment mignonne, intelligente, attachante et parfois, quand elle a envie de se montrer sous son meilleur jour, c’est la plus adorable des petites poupées blondes…
Malheureusement, elle est aussi manipulatrice, menteuse, un peu cruelle, têtue, indépendante et obstinée… Ce qui a le don de faire sortir de leurs gonds les parents, les éducatrices et même la grande sœur les mieux intentionnés du monde! Je dis souvent à la blague qu’elle est comme une pile avec un positif et un négatif. C’est seulement dommage pour nous qu’elle reste plus souvent « collée » sur le négatif! D’où notre désir de consulter pour trouver des trucs pour qu’elle redevienne « gentine » comme elle le dit si bien : gentille et fine!
Ça peut sembler banal, mais ce n’est pas évident de prendre la décision et surtout d’annoncer qu’on va chez le psy pour une mini de trois ans et demi. J’ai eu droit à toutes sortes de commentaires allant du : « Bin voyons, vous vous en faites pour rien, ça va passer tout seul… » au : « Tu sais, on n’a pas tous le même seuil de tolérance face à nos enfants… » Grrrr! Pourtant, je sais bien que je suis une mère plutôt tolérante, permissive même (ici, mon chum dirait molle), qui adore ses trois enfants. Je sais que je l’aime ma cocotte, que je ne l’échangerais contre aucun autre enfant sage, ni même pour une belle image, contrairement à ce que je lui dis! Que, bien qu’elle m’exaspère souvent, je ne la mettrais pas dans une petite boîte en aller simple pour Tombouctou!
Par contre, je l’avoue, je prendrais bien quelques conseils pour m’aider à « l’améliorer »… Je redoutais donc le verdict de notre experte. Allait-elle juger que nous étions des parents chialeux qui avaient un seuil de tolérance trop bas? Allait-elle nous dire de prendre notre mal en patience et que ça allait tout naturellement passer… Je croyais que ce serait pour moi la pire chose à entendre, mais ce qu’elle nous a annoncé a été pire encore : une claque en pleine face ne m’aurait pas saisie davantage! « Je vais vous laisser un questionnaire, normalement on le fait remplir aux parents d’enfants d’âge scolaire, mais ça nous donnera quand même une bonne indication. Je soupçonne Zoé d’avoir un TDA, probablement avec hyperactivité. En attendant, je vais aussi vous donner quelques exercices à faire cette semaine… » Elle a continué à nous parler, mais je ne l’entendais plus.
Mon bébé, mon trésor, ma princesse… un TDA-H??? Moi qui croyais que c’était une maladie réservée aux garçons turbulents que les parents-mous n’étaient pas capables de gérer… Presqu’un prétexte pour les médicamenter au lieu de les éduquer! J’allais devoir réviser mes stéréotypes et vite!!! Nous sommes sortis de la clinique dans une sorte de torpeur et, évidemment, j’ai éclaté en sanglots aussitôt arrivée à la voiture. Mais bon, au moins, elle ne nous avait pas dit qu’on était allés la consulter pour rien!












