Ça y est, c’est l’heure! La cloche sonne et les enfants prennent le chemin de l’école. Pour certains, cette période de l’année représente l’excitation de revoir les amis. Pour d’autres, plus nombreux que l’on pense, cette période ressemble à une traverse d’eaux troubles. Angoisse, irritation, peine, pleurs, urticaire, plusieurs enfants ont littéralement peur de retourner en classe, et le mot est faible. Ils savent très bien ce qui les attend. Pour les victimes de jeunes bourreaux, l’école n’est rien de moins qu’une torture.
Une jeune fille de 12 ans a dû être transférée d’école parce qu’elle a été agressée dans son établissement scolaire. Elle a été la victime de trois jeunes en quête d’émotions fortes. On l’a transférée parce que c’était plus simple de changer une seule élève d’école plutôt que trois à la fois. Et c’était elle, la victime.
Julien (nom fictif), 14 ans, a été la risée de son école parce qu’il ne cachait pas son homosexualité. On l’a traité de « fif », de « tapette », on l’a menacé de lui casser la gueule, tout ça parce qu’il était différent et vivait bien sa différence.
Julie, appelons-la comme ça, vit de l’intimidation depuis qu’elle est en troisième année. Maintenant au secondaire, elle ne va plus à l’école. Elle fait ses cours chez elle parce qu’elle est incapable (après plusieurs essais) de franchir la porte de l’école. Elle a fait des crises d’angoisse : elle vomissait tous les soirs lorsqu’elle rentrait chez elle, sans compter les évanouissements en pleine classe tellement elle était nerveuse et avait peur des représailles de ses camarades.
C’est grave, très grave! On ne parle plus de mots méchants et de gestes banals, on parle ici d’agression et de blessures importantes.
Une étude réalisée à l’Université d’Ottawa fait un lien direct entre l’intimidation et certains dommages au cerveau. Lorsqu’un enfant intimidé devient déprimé à cause de ce qui lui arrive, son taux de cortisol, l'hormone du stress, est déréglé, ce qui perturbe sa mémoire. Son attention en classe est donc détournée, voire absente.
Ces résultats de recherches, nous les devons à Tracy Vaillancourt, psychologue à l'Université d'Ottawa et membre de la Chaire de recherche du Canada en santé mentale des enfants et en prévention de la violence. «L’intimidation à l'école est aussi dommageable qu'être battu par ses parents », c’est le message que madame Vaillancourt a lancé en entrevue à La Presse lors de son passage à Montréal en mars dernier. Elle était invitée comme conférencière à l'Hôpital de Montréal pour enfants. « Avec ces données, on ne peut plus voir l'intimidation comme un passage obligé qui forge le caractère des jeunes. Il faut faire pression pour qu’elle disparaisse! ». La chercheuse souhaite d’ailleurs aller plus loin dans sa démarche. Elle veut savoir si les dommages causés par l’intimidation sont aussi profonds que les cicatrices laissées chez les enfants battus. Selon elle, l’hippocampe (partie du cerveau humain) resterait abîmé.
En tant que parent, a-t-on des recours? Comment peut-on s’outiller? Bien sûr que les directions d’écoles et les Commissions scolaires ont leurs rôles à jouer. Par contre, à lire les témoignages, il semble que la coopération entre parents et direction d’école ne soit pas toujours au rendez-vous. Si votre enfant semble angoissé, irritable, exprime peu d’intérêt et développe une hantise de l’école, posez-vous des questions. Posez-lui des questions! Les discussions que vous aurez avec lui pourraient vous révéler une situation urgente et grave.
Pour plus d’information sur l’intimidation en millieu scolaire, vous pouvez visiter le site www.fondationjasminroy.com. La Fondation Jasmin Roy lutte contre l’intimidation en millieu scolaire et surtout, soutient les victimes de violence à l’école. Comme une image vaut mille mots, vous pourrez y visionner des capsules témoignages. Votre cœur de parent sera touché, boulversé, sans contredit.










