Mère en affaires

La séparation

À la mi-octobre, suite à un mois de septembre bien mouvementé et notre Salon de Québec, je quittais pour l’ABC Kids Expo de Las Vegas. Préparation de bagages, mais aussi de rendez-vous sur place pour rencontrer les représentantes marketing et relations publiques des différentes entreprises présentes. Nul besoin de vous dire que l’horaire avant départ était très chargé! 

Le matin du départ, on finalise le tout et hop! Tous les bagages dans la voiture avant de dire au revoir aux enfants. Moi qui m’attendais à une séparation difficile et déchirante… C’est à peine si les boys ont levé les yeux de leur console de jeu. « Ah oui, bye m’man! »  C’est tout?  Eh bien…

Dans la voiture avec mon conjoint et ma Julie (ma collègue et mon bras droit chez Mères & Cie), nous voilà en route pour l’aéroport. Partie depuis à peine dix minutes, je constate que mon iPhone n’est pas à ma portée. Oh! Oh! D’accord, pas de panique, il doit être dans le fond de ma bourse. Je plonge la main dans ma sacoche (croyez-moi, elle est vraiment énorme) et je ne trouve rien. OK, on se calme, on respire, on focus. Je vais trouver, c’est certain! Je sais que je l’ai, je l’ai vu sur la console d’entrée, juste avant notre départ. Prenant les grands moyens, je vide ma bourse sur mes genoux. Toujours rien. 

Je sens le regard de Julie et J-F sur moi. Ils semblent quelque peu inquiets de ma réaction. Je sens que je vais hyperventiler… 

Vous croyez certainement que j’exagère, mais non! Sérieusement, cet appareil est une extension de moi-même. Il me suit partout où je vais. À la salle de bain, au resto, en voiture, la semaine, le jour, le soir, les week-ends. Si vous voyez des photos de moi, vous serez à même de constater qu’il me suit absolument partout! Comprenez donc mon angoisse, mon insécurité. Mais que vais-je faire?! 

« Tu veux que l’on retourne le chercher? » me demande mon conjoint. Essayant de paraître au-dessus de mes affaires, je lui réponds : « Non, non, ça va! Ça va me faire du bien ». Au fond de moi, c’est la panique la plus totale! Et eux, rassurés par mon air faussement désinvolte, changent de sujet de conversation, comme si rien ne se passait, comme si mon monde n’était pas chaviré… Quelle ingratitude!

Après quelques minutes, j’ai une vision. « Julie, tu as ton cellulaire toi? » Elle me répond par l’affirmative. Alléluia! Je suis sauvée! Je m’empare du téléphone et fais immédiatement quelques appels (question de me rassurer). Ouf! Je vais beaucoup mieux.

À notre arrivée à Vegas, encore quelques appels, question de ne pas perdre le contact. Même si je ne peux prendre mes courriels, je peux au moins être rejointe. Et si tout s’écroulait pendant mon absence? Je suis tellement indispensable, mon entourage ne peut fonctionner sans moi! 

— Julie, la pile est faible. Où se trouve ton chargeur? 

— Ben…, je ne l’ai pas.

— Quoi? Dis-moi que c’est une blague? 

Et nous étions là depuis à peine deux heures… 

J’ai réussi, petit à petit, à faire le détachement, à vivre sans lui, sans mon I-Phone chéri. Croyez-moi, c’est difficile de voir les autres avec leur cellulaire en main. Ils avaient l’air si heureux, si connectés, si au courant de leurs affaires. Mais bon, un jour à la fois n’est-ce pas. 

Lors de ma dernière journée à Vegas, l’une de nos clientes, à qui je racontais ma tragédie, me dit : « Eh bien moi, je l’aurais fait livrer par Purolator. »  Ah merde! Je n’y avais même pas pensé! Toute cette souffrance inutile… 

Ce fut tout un apprentissage. J’ai dû vivre dans l’instant présent, aucune sonnerie pour me distraire. J’ai dû souper avec Julie et tenir une conversation sans interruption avec elle. J’ai dû aller voir des spectacles sans avoir l’occasion de vérifier mes courriels. Et j’ai survécu!

Mais bien que les retrouvailles aient été sublimes, j’ai tout de même l’impression que nous sommes moins près l’un de l’autre maintenant…


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