- Penses-tu que tu serais assez en forme pour monter le Mont Orford avec moi et les enfants en fin de semaine?
- Chéri, ça fait deux mois que j'ai eu ma césarienne... Pas sûre que ça me tente... J'imagine qu'en plus, je devrais prendre le bébé en portage?
- Bin oui, mais moi je prendrai Zoé et elle pèse quand même 30 lbs...
- Mon amour, tu peux monter toutes les montagnes que tu veux avec ta fille sur le dos si ça t'amuse, mais s'il te plaît, arrête d'espérer que je sois capable de te suivre : je suis vieille, je ne fais plus mes nuits depuis deux mois, j'ai mal au ventre, j'ai mal aux seins, j'ai encore de la misère à allaiter, j'ai des bouffées de chaleur, je suis fatiguée et je n'ai vraiment, mais alors vraiment pas envie d'aller m'essouffler à essayer de monter une montagne!
- T'es sûre? Ce serait le fun de faire des activités ensemble avant la fin de mon congé...
Ah! Le congé de paternité! Cinq longues semaines d'aide complète et dévouée de la part de nos conjoints... Le bonheur quoi! Heureusement, celui de mon chum est maintenant fini. Ce n'est pas qu'il ne m'a pas aidée. Bon, j'ai continué à m'occuper du bébé, mais il s'est chargé de tout le reste : la maison et les filles, le matin et le soir. Non, le problème c'est les heures entre les déjeuners et les soupers durant lesquelles j'aurais tant aimé ne rien faire alors que lui débordait d'énergie. Et le fait est, que cinq semaines, c'est long!
Durant toutes ces semaines, j'ai continuellement eu l'impression que nous n'étions pas sur le même « beat » et ça me donnait mauvaise conscience. Par exemple, mon chum était debout avant moi chaque matin et quand les filles se levaient il les faisait déjeuner, les coiffait, sortait leurs vêtements, préparait le lunch, ramassait tout le bardas, amenait la grande au camp de jour, puis la petite à la garderie. Le soir, il reprenait généralement le flambeau en préparant le souper et en supervisant la routine du dodo. Les filles ont même réussi à lui soutirer quelques histoires racontées au coin du lit. Mais de quoi je me plains alors?
Je ne sais pas, peut-être est-ce parce je suis devenue totalement inutile alors que je me croyais absolument indispensable! De mon côté, tout ce que je fais c'est allaiter, bercer, changer des couches et essayer de récupérer. Je sais, c'est sensé être un job en soi, mais ça supporte difficilement la comparaison quand on pense à tout ce qu'il y a d'autre à faire dans la maison! Comme si ce n'était pas assez, au début de ma grossesse, il a entrepris un régime et un nouvel entraînement. Contrairement à tous ceux qu'il avait commencés jusqu'ici, celui-là, il ne l'a pas abandonné. Je me retrouve donc avec un super papa doublé d'un nouveau mari sexy et plus en forme que jamais! Mais de quoi je me plains alors??? C'est que je ne suis pas en forme moi ... et encore moins sexy!
Voilà pourquoi je suis soulagée de voir ce congé de paternité s'achever. J'ai hâte de retrouver ma maison vide. J'ai hâte de me recoucher avec mon bébé le matin sans culpabiliser parce que je ne fais pas assez de sport avec les enfants. J'ai envie de rester en pyjama parce mon linge est encore trop serré, avec une couette parce que je n'ai pas le goût de me peigner et un rond de régurgit sur l'épaule parce que de toute façon je ne reste jamais propre bien longtemps... Tout ça sans craindre que mon chum se dise que je suis rendue une vieille mère qui se néglige et qu'il pourrait aisément me remplacer par un nouveau petit modèle...
Je sais, c'est niaiseux! D'ailleurs, si je le lui disais, il ferait tout son possible pour me convaincre de ne pas m'en faire puisqu'il m'aime même si je sens le lait caillé... Pourtant, je sais qu'il a hâte que je sois assez en forme pour grimper les montagnes avec lui, mais pour ça, je vais avoir besoin de me reposer encore un peu... Ça tombe bien, dans deux dodos c'est la rentrée! Enfin, je vais pouvoir en profiter et flâner, paresser, boire mon café dans le silence du matin, toute seule avec mon bébé, personne pour me parler et me déranger... Mon Dieu! Je vais m'ennuyer!













