Depuis l'ouverture des salles d'accouchement aux pères, est-ce que quelqu'un s'est demandé s'ils avaient vraiment tous envie d'être là ? Les femmes se préparent psychologiquement, physiquement et spirituellement à l'évènement et les hommes eux ?
Je réalise encore une fois que les grands oubliés dans l'aventure de la naissance, se sont encore les hommes. Et parce que nous les croyons forts et capables d'exprimer tous leurs besoins, nous ne nous posons aucune question quant à leurs désirs et capacités. C'est comme si c'était une évidence! «Bien sûr que mon conjoint veut être présent à l'accouchement , il me l'a dit !» m'assurerez-vous. Pour ma part, j'ajouterais qu'il n'a pas vraiment eu le choix, car il sait pertinemment que vous comptez sur lui et de plus, de quoi aurait-il l'air aux yeux des autres ? Il passerait sûrement pour un homme désintéressé et pas très empressé vis-à-vis de sa conjointe, car assister à l'accouchement de son enfant, c'est devenu une norme ! Ça fait maintenant parti des mœurs. Mais peu importe cette nouvelle tradition, il n'y a pas de norme lorsque l'on parle de l'équilibre d'un couple et des choix intimes de chacun.
Comme je suis enseignante de yoga prénatal, je côtoie des femmes enceintes tous les jours. Plusieurs d'entre elles en sont à leur premier enfant. Je les questionne parfois à savoir si elles ont l'intention d'assister à des cours prénataux, si elles auront une accompagnante, etc....
Les réponses sont parfois troublantes car elles révèlent l'état d'esprit des femmes face à cette question. Elles répondent tout simplement : « Je n'en ressens pas le besoin, j'accouche à l'hôpital et mon conjoint sera là !»
Que de pression pour un homme qui ne connaît absolument rien des étapes normales de l'accouchement ! Qui n'est pas habitué, comme nous les femmes, de vivre mensuellement avec la vue de grandes quantités de sang, sans que ce soit signe de souffrance physique ? Comment fera-t-il pour vous supporter émotivement s'il ne comprend pas lui-même ce qui vous arrive ? Comment fera-t-il pour rester calme s'il voit la douleur des contractions comme étant négative et anormale au lieu de comprendre qu'au contraire, elle est signe de progression? Comment fera-t-il pour prendre des décisions éclairées s'il arrive par malheur que le bébé ou vous-même ayez des problèmes de santé ? Pris dans le tourbillon de l'émotivité, de l'imprévu et du jargon médical, que fera-t-il ? Les hommes mal préparés croient qu'ils sont là pour «épargner» leur conjointe, pour leur éviter de la souffrance plutôt que pour l'encourager et la soutenir.... Vous vous sentez peut-être prête mais lui, l'est-il vraiment ? Lui avez-vous vraiment permis de s'exprimer en toute liberté en laissant de côté, vos propres attentes ou vos propres peurs? Peur qu'il dise non par exemple !
Mieux sera outillé votre conjoint, d'une meilleure aide il sera le moment venu. Faites un plan de naissance à deux, lisez ensemble des livres sur le sujet. Visionnez des films d'accouchement qui présentent une expérience positive. Comment se sent-il ? Quelles sont ses réactions ?
L'accompagnante à la naissance, la sage-femme et la bonne amie servent aussi à préparer le conjoint, à le seconder.
Pour qu'une femme accouche de façon calme et sereine, il faut que l'environnement y soit propice. Les gens qui y assistent doivent être calmes et confiants, ils doivent être en mesure de protéger l'intériorité de la femme. La lumière, la chaleur et le confort de la pièce comptent énormément. Lorsque quelqu'un perd son calme, qu'il devient nerveux ou commence à douter de la capacité de la femme à mettre au monde seule son bébé, cela «contamine» tout le monde sur place ainsi que la femme qui accouche. Isabelle Brabant, Sage-femme, relate ce fait dans son livre « Plusieurs infirmières sont témoins que c'est parfois pour soulager la détresse du père que la femme a recours à la péridurale !»
On observe aussi chez 10% des hommes, un traumatisme suite à leur expérience à l'accouchement. Cette expérience change leur attitude face à la sexualité et dans la perception de leur conjointe. Cette perception aurait dû être corrigée dès le départ. Ils n'éprouvent plus d'attirance physique face à leur compagne car ils réalisent que le corps de leur conjointe ne sert pas uniquement qu'à la sexualité. Il arrive que les changements d'attitude dans l'intimité débutent dès l'apparition du ventre proéminent, vers le 4e mois de la grossesse. Le sujet est malheureusement encore tabou et trop souvent les femmes n'en parlent pas. Elles se disent que ça changera après l'accouchement...ce qui est pire parfois. Combien de blogues sur internet parlent du sujet, combien de consultations chez le sexologue tenues secrètes. Tout cela peut être évité.
Peu importe vos croyances, vous avez toujours le choix de votre attitude par rapport à l'expérience de la naissance. C'est votre corps, votre couple, votre bébé, vos choix, votre vie. Vous serez les seuls à vivre avec les conséquences de vos actions ou de vos « non-actions ». La première fois reste gravée dans nos mémoires, elle s'inscrit comme la référence pour les autres naissances. Si le père a peu d'intérêt pour la chose, pourquoi le forcer ? Il faut que ça vienne de lui. Je pense que les hommes devraient avoir le choix sans être jugés ni dénigrés. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas présents lors de l'accouchement, qu'ils s'investiront moins avec l'enfant. Je pense que cela fait partie intégrante du respect dans un couple. Peut-être qu'une autre personne pourrait prendre sa place et en bout de ligne, mieux vous épauler. Chaque être humain a des limites qu'il peut choisir de surmonter ou non. Quel bel exemple pour un enfant qu'un père qui prend conscience de ses craintes et qui les exprime sans honte!













